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[ECONOMIE]

PORTRAIT JEAN-PAUL BIGARD

Le culte du secret

Le poids lourd de la production de viande a traité les revendications
des éleveurs par... le silence

Jean-Paul Bigard doit mieux respirer cette se-
maine : les neuf abattoirs de son groupe
Bigard-Socopa, paralysés durant cinq jours
par quelque 1 500 éleveurs de bovins en colère, ont
finalement été débloqués jeudi 11 novembre. Mais
cette détente pourrait n'être que provisoire : l'aug-
mentation de 2 à 5 cents le kilo de carcasse, lâché
par Bigard, fait figure d'aumône. La profession es-
time que seule une hausse de 60 centimes le kilo,
payé en moyenne 3 euros aujourd'hui, permettrait
aux éleveurs de s'en sortir. La Confédération
paysanne a même dénoncé «un foutage de gueule»,
car les augmentations « correspondent aux hausses sai-
sonnières habituelles en fin d'année ». Le syndicat ap-
pelle à un nouveau rassemblement, mardi
16 novembre, devant le siège du groupe Bigard à
Quimperlé (Finistère).

La frustration des éleveurs bovins — qui ont vu
le prix de la viande augmenter de 40% pour les
consommateurs ces quinze dernières années, alors
que le prix qu'on leur payait les carcasses restait
stable — se concentre sur un visage. Celui de Jean-
Paul Bigard, l'ultradiscret patron d'un groupe fa-
milial breton qui, au fil des années et des rachats,
a pris 42% du marché français de l'abattage de la
viande bovine et 75% de celui des
steaks hachés!

L'homme est spectaculairement
absent : lui qui est aussi président
du Syndicat national des
Industries de la Viande (SNIV-
NSCP) s'est contenté d'envoyer
ses directeurs généraux aux réu-
nions organisées par le ministre

SES DATES

12 novembre 1948 :
naissance à Bar-sur-Aube.
1995 : rachat du groupe
coopératif Arcadie
Industrie.
1996 : création
de Bigard
Distribution
2008 :
achat de
100%



de l'Agriculture. Il ne s'est pas exprimé personnel-
lement pendant la crise. Et il a laconiquement salué
l'accord, le jour de son 62e anniversaire, d'un com-
muniqué accusateur : « J'attends des autres acteurs éco-
nomiques, dont la grande distribution, la même
détermination à soutenir l'élevage français »...

Mais avec 17 000 salariés et un chiffre d'affaires de
près de 5 milliards d'euros, le numéro un du secteur
pourra-t-il éternellement jouer cette «politique de la
chaise vide », dénoncée par la Fédération nationale bo-
vine? Jean-Paul Bigard, dont la famille figure au
120e rang du classement « Challenges » des fortunes
françaises (avec un patrimoine évalué à 300 millions
d'euros), ne semble pas avoir compris qu'il n'est plus
un obscur patron de PME.

La société de transformation de viande d'agneau,
de bœuf, de veau et de porc a été fondée en 1968 par
son père, Lucien. A partir de la fin des années 1970,
elle se lance dans une vigoureuse politique de ra-
chats d'abattoirs coopératifs et d'expansion dans la
distribution. Ses coups de maître? La prise de
contrôle en 2008 de Charal (1 milliard d'euros de chif-
fre d'affaires), et en 2009 de Socopa (2,3 milliards).
Possédé à 90% par la famille, Bigard ne publie
pas de comptes. Mais, selon les chiffres dé-
posés au tribunal de commerce, la
partie historique du groupe
affiche en 2009 123 millions
d'euros de résultat net sur
1,32 milliard d'euros de chiffre
d'affaires. Allez, monsieur
Bigard. .. encore un petit ef-
fort pour les éleveurs !
Dominique Nora

de Charal, dans lequel
Bigard avait une
participation.
2009 : achat de 64%
de la Socopa, la
filière viande des
coopératives
Coopagri,
Agrial, Cavac.


« Le Télégramme »-MaxPPP

Rolle/REA



CONFIDENTIEL

Industriels déçus

Plusieurs res-
ponsables pa-
tronaux de
l'industrie -
Pierre Gattaz,
président du
Groupement des
Fédérations industrielles
(GFI), son prédécesseur
Yvon Jacob, Jérôme
Frantz, de la Fédération
des Industries méca-
niques (FIM)... - ne ca-
chent pas leur déception
de voir Christian Estrosi
remplacé par Eric Besson.
Leur appel à la stabilité
n'a pas été entendu.

FSI désinvesti

Le Fonds stratégique
d'Investissement pourrait
bientôt céder la participa-
tion de près de 8% qu'il
détient dans Accor. Le FSI
avait milité contre la scis-
sion du groupe en deux
entités : les hôtels Accor
d'un côté, les services
Edenred, de l'autre. Il a
quitté récemment le capi-
tal d'Edenred... « Il n'y a
pas de raison qu'il reste à
celui d'Accor, dominé par
les fonds de capital-risque
Colony et Eurazeo, dont il
n'approuve pas la
stratégie », commente un
analyste financier.

LOLF: le retour?

Didier Migaud, le premier
président de la Cour des
Comptes, a mis sur pied
un groupe de travail in-
terne chargé de faire le
bilan de la loi organique
relative aux lois de fi-
nances, la LOLF. Ce texte,
qui a révolutionné la pré-
sentation du budget de
l'Etat, aura dix ans en
2011. Migaud, qui l'a co-
écrit avec Alain Lambert,
veut faire des proposi-
tions pour l'améliorer.

