NOTRE ÉPOQUE

Pour la suppression
des notes à l'école
élémentaire

La culture de la note est encore très présente dans
l'école française, historiquement tournée vers la sélec-
tion. Si ce modèle répondait aux exigences d'un système
élitiste avant la massification scolaire, il apparaît au-
jourd'hui en total décalage. L'obsession du classement à
laquelle il répond crée, dès l'école élémentaire, une très
forte pression scolaire et stigmatise des élèves qu'il en-
ferme progressivement dans une spirale d'échec.
Alors que la confance en soi est indispensable à la réus-
site scolaire, les conséquences de ce système sur les
élèves en difficulté sont désastreuses : fissuration de l'es-
time de soi, absence de valorisation de leurs compétences,
détérioration des relations familiales et, à terme, souf-
france scolaire. La pression scolaire précoce ne fait que
nuire à l'efficacité de notre système éducatif : aujourd'hui,
quatre écoliers sur dix sortent du CM2 avec de graves la-
cunes. L'école gagnerait à s'appuyer sur une autre lo-
gique que celle de la compétition. Il faut qu'elle devienne
pour tous les enfants une étape positive de leur construc-
tion, de leur épanouissement, du développement de l'es-
time de soi et de l'élaboration d'un rapport sain aux
apprentissages. D'autres modèles éducatifs ont prouvé
leur efficacité. En Finlande — pays en tête des classements
internationaux en matière d'éducation —, les élèves sont
évalués pour la première fois à 9 ans de façon non chif-
frée et commencent à être notés seulement à partir de
11 ans. En France, les textes de loi ont déjà beaucoup
évolué et ne font plus référence explicitement à la note
comme système dévaluation. Mais devant l'urgence d'ap-
porter des réponses concrètes à la souffrance scolaire,
nous devons franchir un palier supplémentaire. Nous ap-
pelons à supprimer la notation à l'école élémentaire, qui
doit être l'école de la coopération et non de la compétition.

Premiers signataires :

Pascal Bavoux, politologue
Eric Debarbieux, Observatoire
international de la Violence à l'Ecole
Richard Descoings, directeur de Sciences-Po
Jacques Donzelot, professeur de sciences politiques
François Dubet, sociologue
Boris Cyrulnik, neuropsychiatre
Agnès Florin, professeur de psychologie
Aziz Jellab, sociologue
Axel Kahn, généticien
Eric Maurin, économiste
Pierre Merle, sociologue
Louis Morin, président de l'UMP lycée
Daniel Pennac, écrivain
Jean-Marie Petitclerc, éducateur,
président de l'Association le Valdocco
Paul Robert, chef d'établissement
Michel Rocard, ancien Premier ministre
Marcel Rufo, pédopsychiatre
Thomas Sauvadet, sociologue

Pour signer l'appel :
suppressiondesnoteselementaire.org

106 0 LE NOUVEL OBSERVATEUR

Ecole

Les notes,
pour quoi faire?

La notation commence à être contestée, et des voix
s'élèvent pour la supprimer dès le primaire, où elle est
un facteur d'échec pour les élèves les plus fragiles

Non, Gabriel n'aime pas
l'école. Il n'a pas de bonnes
notes. «J'ai peur de la maî-
tresse, qu'elle me punisse,
qu'elle s'énerve», dit-il.
Gabriel redouble son CE2. L'année der-
nière a été pénible : « Quatre filles se mo-
quaient de lui parce qu'il était mauvais
élève», raconte sa mère, assise sur le ca-
napé de ce petit appartement juché dans
une tour du 13e arrondissement de Paris.
Sur le buffet, des poupées martiniquaises
en robe de madras veillent sous des plas-
tiques. «A la Toussaint, le directeur
m'avait dit que j'allais redoubler», ajoute
Gabriel. Un échec annoncé huit mois à
l'avance ? Il croit que c'est de sa faute. A
10 ans, il n'est pas encore assez grand
pour se mettre en colère contre une école
qui note, classe et casse. Et qui vous
lâche quand vous n'y arrivez pas.

Des enfants comme Gabriel, l'Afev en
suit près de 10 000 en France cette année.
Pour la troisième année consécutive, elle
publie un sondage réalisé auprès d'eux
par Trajectoires-Reflex, un cabinet
d'études des politiques publiques (1). «A
l'école, 43% des élèves ont souvent mal au
ventre avant d'aller en classe, 24% ont le
sentiment que le maître les dévalorisent et
les sanctionnent, 31% pensent qu'il ne
s'intéresse pas à eux, et un enfant sur
deux pense qu'il ne va pas arriver à faire
ce que le maître lui demande et craint de
montrer ses notes à ses parents», cite
Eunice Mangano, une des responsables
de l'Afev. Des chiffres qui font écho aux
résultats des enquêtes de l'OCDE sur le
bonheur à l'école. La France est 22° sur
25. Stress, peur de ne pas bien répon-
dre... Pour tous ces élèves, le stigmate de
l'échec, c'est la mauvaise note. L'Afev ré-
clame d'autres manières de travailler :
plus de solidarité, de coopération ; moins

de compétition, de jugements de valeur.
Pour forcer ce changement, il faut porter
le fer au cœur du système. L'association
lance donc un appel solennel pour
supprimer les notes à l'école primaire.
Parmi les premiers signataires : le géné
ticien Axel Kahn, l'ancien Premier mi-
nistre Michel Rocard, l'écrivain Daniel
Pennac...

«Les études de psychologie scolaire
montrent bien comment les évaluations
négatives font naître un sentiment fort
d'incompétence. La personne finit par
penser qu'elle est nulle», résume le so-
ciologue de l'éducation Pierre Merle. Les
pédopsychiatres en reçoivent dans leur
cabinet, de ces enfants malades de
l'école. Marcel Rufo, à Marseille : «Près
de la moitié de mes patients souffrent des
conséquences des difficultés scolaires. Les
notes blessent l'enfant et ses parents.»
Parfois même de façon spectaculaire.
Vincent Rouard, directeur d'école à Evry,
dans l'Essonne, se souvient d'Emilie, qui
avait perdu tous ses cheveux en CE2
parce qu'elle avait peur de ne pas réussir.

Et la situation s'aggrave. «Depuis les
années 1970, constate l'historien de l'édu-
cation Antoine Prost, le rôle des notes s'est
accentué avec la course au diplôme. » Une
aberration puisque toutes les études en
psychologie sociale montrent que la mo-
tivation scolaire dépend de l'estime de
soi, du sentiment de sa compétence à ap-
prendre. «Les bonnes pratiques allient
une absence de compétition et une éva-
luation qui se fait sous forme de re-
marques constructives, pour que l'élève
sache ce qu'il doit faire pour s'améliorer »,
résume Pascal Bressoux, qui dirige le la-
boratoire des sciences de l'éducation à
l'université de Grenoble. Lire en haut de
sa copie qu'il faut revoir l'accord du par-
ticipe passé ou la définition de la médiane

