est plus utile qu'une simple note en rouge.

Le ministère de l'Education essaie bien de
faire évoluer ces pratiques. En 1969, par
exemple, il tente de remplacer les notes par
des lettres : A, B, C, D. Un fasco. Les profes-
seurs ont vite fait d'introduire des A+, des
A—... Ce qui revient au même que les notes.
Mais la loi de 2005 pour l'avenir de l'école a
marqué une nouvelle étape avec le livret de
compétences. Les instituteurs sont tenus
désormais, pour chaque élève, d'évaluer des
dizaines d'aptitudes fines en consignant A
pour Acquis, NA pour Non Acquis, EVA
pour En Voie d'Acquisition. Attentif aux re
commandations de l'OCDE, le ministère étend
cette année l'usage de ce livret aux années col-
lège. Pour la première fois, les élèves qui pas-
sent le brevet vont voir leurs compétences
prises en compte, en langues étrangères no-
tamment. Au ministère, la démarche de l'Afev
ne semble pas extravagante. « Cet appel n'est
pas en contradiction avec nos préoccupations,
confirme Jean-Michel Blanquer, à la tête de la
Direction générale de l'Enseignement scolaire
(Dgesco). Mais nous sommes prudents. Nous
cheminons vers un autre système d'évaluation,
tout en évitant de faire tout, tout de suite, de
manière excessive. »

Reste que dans les classes la majorité des
instituteurs, du CP au CM2, continue de met-
tre des notes. Elles font tellement partie de la
culture française... « Les professeurs ont rem-

Afev en quelques mots

L'Afev (Association de la Fondation
étudiante pour la Ville), créée en 1991
par trois étudiants qui voulaient ré-
duire la fracture sociale, est le premier
réseau national d'étudiants. Elle pro-
pose du soutien scolaire bénévole dans
les cités. Depuis 1991, 140000 jeunes
ont ainsi pu être accompagnés. Une
trentaine de facs reconnaissent l'enga-
gement de ces étudiants bénévoles en le
validant par des crédits universitaires.
C. B.

pli les livrets de compétences, mais ils ont
continué de faire des bulletins de notes, parce
que les parents les réclamaient», raconte
Laurence Squarcioni, institutrice dans les
Alpes-Maritimes. Les enfants aussi. « Quand
on rend des devoirs, ils sont tous en train de
se demander: t'as eu combien?» Et pour les
parents, elles résument la journée: « T'as eu
quelles notes aujourd'hui ?» est la question ri-
tuelle du soir. Tout le système se tient.

On peut pourtant faire autrement. A Tours,
Bertrand Gimonnet, les cheveux gris retenus
en catogan, ne met plus de notes depuis vingt
ans. «je veux que mes élèves se concentrent

sur les progrès qu'ils ont à faire. » Tout est un
peu différent dans sa classe de CM2: la dis-
position de tables en U, le bureau du profes-
seur dans le fond, et Guislaine, au tableau, qui
présente un livre qu'elle a lu. Les mains se lè-
vent Joachim: « Tu as bien lu, mais je n'ai pas
compris quand se passe l'histoire. » Louise :
«Tu as bien articulé.» On s'évalue en s'en-
courageant. Les collègues de Bertrand
Gimonnet sont réservés. «Moi, je continue à
mettre des notes. Il faut bien préparer les
élèves à ce qui va se passer en sixième», ex-
plique Catherine, qui a comme lui une classe
de CM2. Bertrand Gimonnet est très bien noté
par sa hiérarchie et il reçoit régulièrement les
futurs professeurs des écoles dans sa classe.
Trois fois dans l'année, Bertrand Gimonnet
fait une entorse à son évangile : ses élèves,
comme tous ceux qui sont en CM2 dans l'aca-
démie, passent des évaluations. L'instituteur
ne rend pas les résultats en classe. «J'en parle
seulement avec les parents. » Ça semble telle-
ment simple. CAROLINE BRIZARD

(1) Voir sur Nouvelobs.com les résultats com-
plets de cette étude.

Faut-il supprimer les notes à l'école ? par
Caroline Brizard. Retrouvez le blog de
l'équipe d'Entreprendre/Education «Educobs»

www.nouvelobs.com

18-24 NOVEMBRE 2010 0 107

