Vive, le féminisme
décomplexé !

Comment s'affirmer féministes sans être taxées de Chiennes de
Garde? Oser reprendre le flambeau sans trahir les fondamen-
taux? Le journal «Causette» le reconnaît. Utiliser le mot fémi-
nisme était risqué. «Le mouvement souffre d'une image un peu ringarde,
analyse sa rédactrice en chef Bérangère Portalier. Pour beaucoup, c'est
un mot galvaudé, synonyme de mal baisée, hystérique,
frustrée ou lesbienne. » Il y a un an, l'équipe du maga-
zine décide pourtant de mettre les pieds dans le plat
et de consacrer un numéro spécial au féminisme:
« Déchaînées (?) ». Surprise : «La phrase qui revenait
sans cesse, c'était : “je ne suis pas féministe, mais...”
Comme si le fait d'en être était un gros mot. Comme
s'il fallait s'excuser de se sentir un tout petit concer-
nées quand même. » Le défi? Reconnaître les vic-
toires du mouvement, mais aussi ses faiblesses : ses
intégrismes, ses luttes intestines un peu vaines et
ses loupés. Et proposer des pistes de réflexion plus
que des dogmes : sur la mode du retour à la maison
pour les jeunes mamans, sur le voile, sur les difficultés à avorter, les vio-
lences faites aux femmes, etc. «On voulait remettre au goût du jour un
féminisme décomplexé, bien dans son jean et dans son époque, avec des
articles engagés, mais surtout pas militants, pour ne pas tomber dans les
travers de la gazette féministe au ton moralisateur. » Cet automne,
à l'occasion des 40 ans du Mouvement de Libération des Femmes,
«Causette» s'est reposé la question de l'héritage du MLF, histoire de
régler ses comptes une bonne fois pour toutes et de remercier les grandes
sœurs. «J'ai eu, comme beaucoup, le sentiment que le féminisme avait eu
son utilité mais qu'il avait fait son temps, écrit l'équipe. C'était bon pour
ma mère, mais moi, de quoi aurais-je eu besoin que je n'avais déja ? [...]
Je veux vous montrer que les nouveaux terrains explorés par les féministes
sont bien loin du cliché au formol. Etre féministe, c'est se battre pour la
justice et la liberté en regardant le monde par la lorgnette du genre. C'est
valable pour tout le monde » Merci les filles ! M. V.



si, parfois, il a fallu baisser le tirage,
parce qu'on ne pouvait plus payer l'im-
primeur; et changer de locaux, faute de
crédits. » Sans argent, mais avec des
idées, la petite équipe s'est retrouvée
pro en système D. Les conférences de
rédaction se font au bistrot du coin ou
dans l'appartement d'un ami. Faute de
publicité, l'équipe assure aussi toute
seule la promotion du journal avec des fêtes de fin de bouclage organisées via
Facebook dans un bar de la capitale. Depuis la rentrée, elle fait aussi la
tournée des popotes de province avec son «Causette Apéro Tour». «Ici, tout
est fait de façon artisanale !» s'écrie Liliane Roudière. Un exemple? Les filles
des couvertures ne sont pas des mannequins d'agence mais des copines qui font
ça bénévolement. Pour la une du n° 9, où une fausse nymphette pose sur une
plage en bikini rose, façon Pamela Anderson, elle se souvient d'un shooting
photo épique. «On s'est retrouvés à l'aube sur une plage grisâtre du Touquet,
après avoir dormi deux heures dans l'Etap Hotel du coin parce qu'on était à la
bourre sur le bouclage», rigole-t-elle. Le succès aidant, «Causette» a retrouvé
des locaux, lancé une campagne d'affichage nationale et se rêve en mensuel.
A quand l'âge de raison? MARIE VATON

112 0 LE NOUVEL OBSERVATEUR

AFFAIRE SUIVANTE !


« Elle a
des petits vélos
dans la tête »

A Dijon, il n'y a plus de box réservé à ceux qui com-
paraissent détenus devant les chambres correc-
tionnelles. Les prévenus s'assoient sur un banc,
face à la cour. Les audiences ont un air bon enfant.
Titulaire de 11 condamnations pour vol depuis 2006,
M. C. est un familier de ce prétoire. Cette fois, il a été sur-
pris de nuit au volant de son véhicule, sans éclairage et
sans permis. Il a en outre refusé de souffler dans le ballon
Mais les gendarmes n'en ont pas moins diagnostiqué un
état d'ivresse : «Il avait les yeux vitreux, une haleine avi-
née et tenait des propos répétitifs et agressifs » M. C. re-
connaît s'étre emporté : «Ils m'avaient traité de clochard »
Quatre mois de prison ferme et 90 000 euros d'amende.
M. C. est une vedette. Le président lui annonce la chose avec
douceur. Il a peur qu'il aille se faire condamner ailleurs.

Au tribunal de Dijon, on est au théâtre et on voyage
dans le temps. Quand les banlieues étaient paisibles,
quand les prévenus étaient des gens comme les autres qui
s'étaient monté la tête après avoir bu un coup de trop.
Comme Nicolas. Depuis des années, il ne s'entend pas
avec sa voisine Virginie, une handicapée. Un soir, elle
croise Nicolas dans l'escalier. Le dossier ne dit pas s'il a
les yeux vitreux et l'haleine avinée, mais il tient «des pro-
pos répétitifs et agressifs»: «Salope, t'as pas bientôt fini
de faire du bordel!» Selon Virginie, il se met à la bourrer
de coups de poing et de coups de pied. Nicolas reconnaît
seulement lui avoir « un peu tiré les cheveux». Devant l'in-
sistance du président, il avoue une claque et peut-être un
coup de pied. «Mais elle a des petits vélos dans la tête,
ajoute Nicolas. Elle déplace des meubles la nuit!» Ça s'est
passé rue Charrue, dans le vieux Dijon. Nicolas est
d'époque, il aurait pu faire la silhouette d'un mauvais
garçon dans «Casque d'or ».

On n'est pas devant un tribunal, mais dans une cinéma-
thèque. Les prévenus suivants sortent d'une partie
de campagne filmée par Renoir. Une bagarre d'ivrognes
à Pontailler, sur les bords de Saône. C'est le dernier di-
manche de juin. Il fait beau, il ne manque que les canotiers
et les ombrelles. Mais le vin aidant, tout se gâte. Des
jeunes essaient de détacher la barque qui fait la fierté de
la famille Boni. Ça ne se pardonne pas. Empoignade
confuse. Il semble que Michael Boni, croyant son père en
danger, se soit mis à taper sur tout le monde, au point de
se déboîter l'épaule. Le président est perdu. Il se donne
quinze jours de réflexion. Il ne comprend rien à ce déjeu-
ner sur l'herbe qui date du siècle dernier.

FRANÇOIS CAVIGLIOLI

