LE DIAGNOSTIC...

[SANTÉ]

DU DOCTEUR JEAN-FRANÇOIS LEMOINE

Quand les cellules de la peau
produisent du sang

Une expérience très prometteuse permettra d'améliorer les traitements pour
les cancers sans recourir aux cellules embryonnaires

Fabriquer du sang : c'était un fantasme de
la médecine. Des chercheurs canadiens
viennent de faire savoir qu'ils y étaient
parvenus à partir de la... peau humaine. Avec
des cellules souches de la peau, faciles à préle-
ver et à isoler, ces chercheurs ont réussi à pro-
duire en laboratoire des globules rouges. Une
découverte qui suscite d'immenses espoirs :
d'ici à cinq ou dix ans, elle devrait permettre de
traiter certains cancers, de soulager les anémies
provoquées par des chimiothérapies ou de
transfuser un patient avec du sang issu de sa
propre peau... Transfusion pour laquelle il
suffirait d'un simple prélèvement de peau de
4 centimètres sur 3, selon les auteurs de l'étude
publiée par la revue «Nature».

On connaissait déjà les formidables poten-
tialités des cellules dites souches parce qu'elles
peuvent donner naissance à d'autres cellules et
savent se renouveler quasi indéfiniment. Chez
l'animal, on avait même déjà réussi avec elles à
réparer un muscle cardiaque abîmé par un in-
farctus, à aider à soigner les cancers du sang ou
à produire la fibre nerveuse d'une moelle sec-
tionnée. La source la plus considérable de cel-
lules souches est le produit de l'union du
spermatozoïde et de l'ovule. En se divisant
dans les premiers jours de la vie, il crée l'em-
bryon, autrement dit il est capable de donner
naissance à un individu entier.

la grande nouveauté, c'est que les scienti-
fiques de l'Ontario ont fabriqué du sang sans
recourir à des cellules souches venues de l'em-
bryon. Car leur utilisation chez l'homme suscite
de vives controverses éthiques. Les scienti-
fiques en ont donc cherché ailleurs et en ont
trouvé dans tous nos organes, vestiges de notre
période embryonnaire. Mieux : en y ajoutant
des gènes, depuis trois ans, ils ont même su re-
construire en éprouvette des cellules du muscle,
des neurones et désormais du sang. Du sang
« éthiquement correct », donc.

Autre avantage thérapeutique de l'expé-
rience, les cellules venues de la peau sont


adultes. Elles sont moins porteuses de risques
de tumeur que les cellules de l'embryon, beau-
coup plus puissantes.

Enfin, la découverte canadienne devrait faire
oublier une autre polémique. Il y a un mois, une
société américaine a annoncé un essai clinique
sans précédent : un homme a accepté qu'on lui
injecte 2 millions de cellules souches embryon-
naires. En principe, il s'agissait seulement de
démontrer l'innocuité de ces cellules souches.
Peut-être pour faire monter son cours en
Bourse, l'entreprise a expliqué que l'homme en
question était paralysé des deux jambes après
un accident qui avait touché sa moelle épinière.
Elle avait juste omis de préciser qu'il faudrait
quinze ans pour voir si cet apport de cellules
permettrait au malade de marcher.

Mais, en dehors de cet effet d'annonce re-
grettable suscité par l'émergence d'un marché
potentiellement colossal, il est évident que ce
début de siècle sera celui des cellules souches.

Dr J.-F. L.

BSIP

Grossesse et
antalgiques

Pas d'alcool, pas de tabac pen-
dant la grossesse. A ces inter-
dits, il faudra désormais ajouter
les antalgiques. En effet, la prise
de paracétamol, d'aspirine ou
d'ibuprofène pourrait être à
l'origine d'infertilité chez les
garçons. Une étude a trouvé
chez les fils des femmes ayant
pris pendant leur grossesse ces
antalgiques mineurs un taux de
cryptorchidie — c'est-à-dire l'ab-
sence de descente des testicules
dans les bourses du petit gar-
çon — anormalement élevé. Pas
de panique pour autant : le
risque est important quand les
femmes consomment simulta-
nément deux antalgiques pen-
dant au moins deux semaines
d'affilée.

Halte au mauvais
cholestérol

Depuis plus de vingt ans, on
prescrit contre le cholestérol des
médicaments très connus, mais
avec des risques d'effets secon-
daires. Une analyse de 170 000
traitements effectuée par
l'Université d'Oxford montre
que plus on prescrit un traite-
ment agressif avec les statines,
plus on fait baisser le taux de
mauvais cholestérol (le LDL), et
plus le risque cardiovasculaire
diminue, les effets secondaires
se révélant assez rares. Ainsi
une baisse de 20% du mauvais
cholestérol diminue de 18% le
danger cardiovasculaire et de
10% les décès «toutes causes ».
Du coup, les responsables de
cette étude recommandent la
prescription d'une statine,
même en cas de taux de LDL
(cholestérol) bas, s'il y a des fac-
teurs de risque cardio-vascu-
laire significatifs, comme le
surpoids, le tabagisme ou le
stress. Leur avis est plus pon-
déré si le risque est modéré.

En collaboration avec Fréquence M, journal audio en ligne à destination des médecins

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