Hélène Bamberger-Opale

LIVRES

TENDANCE

par Jérôme Garcin

Au dernier Festival de
Cannes, Lionel Jospin
fut accueilli comme une
star. En smoking,
il monta les marches
rouges avec l'élégance

d'un Clint Eastwood trotskiste ou d'un
George Clooney socialiste. Volant la
vedette à Ségolène Royal, qui fait son
cinéma mais ne tourne pas, et à Carla
Sarkozy, engagée par Woody Allen
pour porter une baguette de pain rue
Mouffetard, l'ancien Premier ministre,
âgé de 73 ans, fêta sur la Croisette ses
débuts de comédien. Non, il ne jouait ni
un moine dans « Des hommes et des
dieux» ni le marquis de Mézières dans
« la Princesse de Montpensier ». Il se
contentait d'être un retraité de la poli-
tique, après son échec à la présiden-
tielle. Dans « le Nom des gens »,
comédie franco-woodyallénienne de
Michel Leclerc (comme les hyper-
marchés), il est le cadeau surprise
que reçoit Arthur Martin (comme les
cuisines) pour son anniversaire.
Ornithologue spécialiste de l'épizootie
et socialiste tendance jospiniste,
Arthur Martin — c'est Jacques
Gamblin — ouvre sa porte et voit appa-
raître, en costume cravate, son idole.
Il manque défaillir, tellement l'émotion
est forte. Souriant, très naturel, Lionel
Jospin s'assied dans le canapé,
explique que son nom est d'origine
flamande et lance à son groupie cette
phrase d'anthologie, qu'il a pris soin
d'écrire lui-même : «Un jospiniste,
c'est aussi rare qu'un canard mandarin
sur l'île de Ré. » La scène dure à peine
trois minutes. Difficile de savoir si elle
laisse augurer un grand avenir d'ac-
teur, mais l'ancien premier secrétaire
du PS s'en tire fort bien, et il met les
rieurs de son côté. On ignore en re-
vanche ce que l'ex-présidentiable pense
de la stratégie utilisée par la compagne
d'Arthur Martin, Bahia Benmahmoud
(Sara Forestier) : elle couche avec les
fachos afin de les convertir au gau-
chisme. Apparemment, ça marche.
Le film (sortie le 24 novembre) plaide
donc pour le militantisme horizontal.
Quel dommage, pour les jospinistes
battus en 2002 par les lepénistes,
de l'apprendre si tard. J. G.

120 0 LE NOUVEL OBSERVATEUR

Crise ? Fellation ? Bettencourt? Quel mot résume
201O? Quatorze écrivains de la rentrée se prêtent au jeu.
C'est aux lecteurs de « l'Obs» de les départager. Résultats
proclamés sur France-Inter en partenariat avec Le Robert

Le MOT
de l'année

Pour renifler l'air du temps, il suffit
de fourrer son nez dans les mots à
la mode. Les Allemands, ces fieffés
philologues, le savent bien. Depuis
qu'ils ont imaginé, en 1977, de dési-
gner le « Wort des Jahres », ce petit jeu a fait
tache d'huile, des Etats-Unis aux Pays-Bas, et
jusqu'en France, où le Festival du Mot invite
chaque printemps les citoyens de la Charité-
sur-Loire et d'ailleurs à voter pour un terme de
l'actualité (de 2007 à 2010, on a ainsi dégrin-
golé de « bravitude » à « dette » en passant par
« bling-bling » et « parachute doré»). Parce
que les écrivains, ces étranges animaux qui se
nourrissent de langage, pouvaient avoir eux
aussi leur mot à dire, nous avons demandé à
quatorze de ces verbivores de faire leurs choix.
Il ne vous reste qu'à élire le plus pertinent (voir
encadré). Grégoire Leménager

BETTENCOURT
par Marc Dugaini*

Un mot pour définir l'année en cours :
« Bettencourt ». Liliane d'abord qui en dilapi-
dant la première fortune de France acquise
pour partie pendant la collaboration offre
l'équivalent du prix de quinze lycées à un
aventurier des vieilles dames dont tout le
mérite est d'avoir diverti sa généreuse dona-
trice de l'ennui qui la guettait. Il s'ensuit d'in-
nombrables complications à la contestation
judiciaire de cette donation, dont une qui écla-

bousse un ministre de la République chargé
malencontreusement de demander un effort
aux plus laborieux. Enveloppes garnies,
Légion d'honneur, népotisme, la République
retrouve ses fondamentaux. Une Bettencourt
peut en cacher une autre, Ingrid Betancourt,
qui inonde la rentrée littéraire de ses
Mémoires de captivité en surfant sur la vague
de l'Immaculée déception inaugurée en son
temps par Ségolène Royal et qui adopte sur
les photos les mêmes poses de madone, la tête
penchée sur le côté dans l'expression d'un
martyre chichement compensé par d'énormes
droits d'auteur.

(*) « L'insomnie des étoiles», Gallimard.

BUREAU
par Alain Mabanckou*

En Chine, des futurs beaux-parents ont
fixé une somme équivalent à 150 000 euros
que devrait payer le futur mari s'il était pris
sur le fait avec une maîtresse. Le père de
Beyoncé aurait fauté et eu un enfant avec une
maîtresse. Des mineurs sont bloqués au Chili
depuis un moment : leurs femmes les atten-
dent dehors, leurs maîtresses aussi...

« Maîtresse » aurait été mon mot de l'année,
mais je lui préfère un synonyme franco-
phone : «bureau»... qu'il faudra remplacer
dans les exemples cités plus haut. On sait
désormais ce qu'est un bureaucrate !
(*) «Demain j'aurai vingt ans», Gallimard.



