CRISE
par Jean d'Ormesson*

Le mot de l'année 2010, celui qui est sur
toutes les lèvres et dans tous les esprits, c'est
le mot « crise ». La crise nous frappe, elle
frappe l'Europe, elle frappe l'Amérique, elle
frappe le monde entier. Nous attendons la fin
de la crise, mais elle ne viendra jamais — ou
seulement une apparence. Car à la crise pré-
sente succédera une autre crise. L'histoire est
une longue crise. Le monde n'est qu'une crise
au sein de l'éternité. Et, au sein même de la
crise, il y a de bons moments.

(*) «C'est une chose étrange à la fin que le
monde», Robert Laffont.

DETTE
par François Taillandier*

Selon un sondage réalisé par l'Institut pifo-
métrique Taillandier, 90% des Français igno-

raient jusqu'à une date récente que depuis
fort longtemps chacun d'entre eux, y compris
les enfants en bas âge, accumulait une dette
qui allait croissant d'année en année, et qui at-
teint désormais un montant vertigineux. Le
même sondage indique qu'ils n'ont toujours
pas compris à qui ils doivent tout cet argent.
Ils ont découvert par la même occasion l'exis-
tence de mystérieuses et menaçantes « agen-
ces de notation» à qui il suffit de froncer les
sourcils pour imposer à des pays entiers les
plus rigoureuses privations. C'est une situa-
tion proprement kafkaïenne, une sorte de
remake du péché originel, dont on est coupa-
ble sans l'avoir directement commis.

Plus étonnant encore, ils ne semblent pas
enclins à dénoncer en masse les dirigeants
politiques de droite ou de gauche qui les ont
plongés dans une telle situation, et paraissent
avoir admis que ce serait là une réaction
bassement populiste.

(*) « Time to turn », Stock.


Photomontage Yan

FELLATION

par Marie Nimier*

Il s'agirait plutôt d'un anti-mot de l'année,
avec son cortège de vulgarité et de misogynie
qui se déroule sur la Toile depuis que la
bouche de notre ancienne ministre de la
Justice l'a laissé échapper en parlant d'infla-
tion. Près de 3 millions de visites sur Daily-
motion, la génération buzz démontre une fois
de plus sa vitalité. Il faut avouer que le lapsus
est réjouissant, et l'on se prend à rêver en ces
jours d'automne de fellations galopantes et de
langues qui fourchent au creux d'un lit bien
chaud. A force de parler de rigueur, de bou-
clier, de précaution et d'austérité, les mots se
vengent !

On pourrait également interpréter cette
irruption de la sexualité dans le langage
politique et son succès médiatique comme
l'aveu d'un autre lapsus, un lapsus communi-
catus, si l'on peut dire, comme une envie

18-24 NOVEMBRE 2010 0 121

Baltel-Sipa/Hannah-J. Foley-Ph. Matsas-Opale/S. Roudeix-Gamma/B. Charoy-J.-L. Bertini-Pasco
