LIVRES

Un essai sur la France occupée

Sous l'œil allemand

Sous l'œil de l'occupant. La France vue
par l'Allemagne 1940-1944, par Cécile
Desprairies, Armand Colin, 224 p., 22,50 euros

Cécile Desprairies est philosophe
et germaniste. Elle est surtout
spécialiste du Paris de la collabo-
ration et elle connaît tout de la ca-
pitale pendant les années noires.
Cette fois, elle nous propose de voir la façon
dont les Allemands ont montré non pas seu-
lement la ville, mais la France. On se souvient
de l'exposition «les Parisiens sous l'occupa-
tion » du photographe André Zucca (1897-
1973) à la Bibliothèque historique de la Ville
de Paris en 2008. Elle fut à l'origine d'une po-
lémique sur le fait que l'accrochage ne disait
rien sur ces images en couleur et sans dou-
leur réalisées pour le bimensuel nazi
« Signal ». Cette fois, tout est bordé. Les pho-
tographies sont replacées dans leur contexte.

Éric
Faye

Nagasaki

GRAND PRIX
DU ROMAN
DE L'ACADEMIE
FRANÇAISE

128 0 LE NOUVEL OBSERVATEUR

est dans les détails, cherchons-les. C'est juste-
ment ce à quoi nous aide Cécile Desprairies.
A aiguiser notre regard, à observer une pho-
tographie comme si elle devait servir à une
enquête judiciaire. Le mystère à éclaircir, c'est
la vision de la propagande nazie. Et on voit
bien qu'elle laisse passer des choses.

Pour chaque image officielle,
l'auteur nous explique ce que
cette propagande veut montrer,
ce que l'on peut en lire au-
jourd'hui et ce qu'un élément
grossi révèle. Car cette centaine
de clichés pour la plupart
inédits réalisés par des vété-
rans allemands de la Grande
Guerre laissent filer bien des
informations, sur les souf-
frances, sur les contraintes, sur
les brimades auxquelles furent
soumis les Français. On y
remarque aussi les gestes de
collaboration, évidemment ap-
puyés voire fabriqués de toutes
pièces par cette propagande
allemande qui se distingue par ses
enjeux de celle de Vichy. Un œil en noir et
blanc qui nous montre une France somme
toute assez grise. LAURENT LEMIRE

Le regard ne risque pas de fuir là où il ne de-
vrait pas. Quoique...
L'intérêt de ce livre est justement d'aller
voir où on ne regarde pas. Puisque le diable

Archives fédérales-Coblence

Soldats allemands sur la côte Atlantique, en août 1940

GRAND PRIX
DU ROMAN
DE L'ACADÉMIE
FRANÇAISE

«Éric Paye écrit des histoires
qui seraient lampions,
lumières douces, attentives.
Elles éclairent quelques vies,
en révèlent la fugacité,
l'étrangeté, parfois l'audace. »
Martine Laval, Télérama

ROMAN
Stock

