Découvrez Héctor Abad !

Colombien
sous tous rapports

L'Oubli que nous serons, par Héctor Abad,
traduit de l'espagnol par Albert Bensoussan,
Gallimard, 320 p., 19,50 euros. Du même au-
teur, Traité culinaire à l'usage des
femmes tristes, traduit de l'espagnol par
Claude Bleton, Lattès, 180 p., 12,90 euros.

Après Antonio Caballero, auteur
d'« Un mal sans remède» (Belfond),
grand roman des années 1970 à
Bogota, c'est un nouvel écrivain
colombien, né en 1958 à Medellin, qui occupe
le devant de la scène, ne laissant à nombre de
ses collègues, en comparaison, que des em-
plois de figuration. Etudiant en médecine, en
littérature et en philosophie, Héctor Abad est
renvoyé de la fac pour avoir signé un article
hostile au pape. A la mort de son père qui,
candidat à la mairie de Medellin est assassiné
en 1987 par les paramilitaires, Abad doit quit-

ter le pays. Il se consacre alors
à l'écriture, racontant notam-
ment, dans le livre poignant
qui paraît aujourd'hui, son enfance auprès du
père aimé — un livre dont Mario Vargas Llosa,
le Prix Nobel 2010, décrit comme une « su-
perbe fiction et l'un des plaidoyers les plus élo-
quents jamais écrits contre la terreur comme
instrument d'action politique».

Abad narre en effet le combat de son père
pour une société plus juste (il n'hésitait pas à
mettre en cause, dans des articles aussi
lyriques qu'engagés, publiés dans les grands
journaux de Bogotá et Medellin, les instiga-
teurs de la torture en Colombie), ses errements
aussi (victime de manipulations, aux dires de
son fils, de l'extrême-gauche colombienne, il
commit l'erreur d'œuvrer dans un surréaliste
Comité pour l'Amitié entre la Colombie et la
Corée du Nord). Aussi engagé qu'il fût, cet

homme courageux fut aussi un
papa poule doux, patient, affec-
tueux et tendre, qui professait
que le bonheur est encore la meil-
leure éducation et que rien ne
peut rendre un enfant meilleur
que de tout mettre en œuvre pour

le rendre plus heureux.
A la fin du livre, Abad recons-
titue la manière dont deux tueurs
à moto exécutèrent à bout por-
tant, dans la rue, ce père extraor-
dinaire qui avait recopié un poème de Borges
avant de mourir, poème d'où le titre du livre est
tiré et qu'on retrouva dans sa poche («Nous
voila devenus l'oubli que nous serons... »). Mais
c'est surtout pour la description bouleversante
de l'amour entre un père et son fls que, contre
la prophétie de Borges, ce récit hantera nos mé-
moires, pour toujours et à tous les instants.
DIDIER JACOB

DR

Douze écrivains colombiens, dont Héctor
Abad, Santiago Gamboa, Antonio Ungar
et Fernando Vallejo, sont invités en
France par le Centre national du Livre, à
l'occasion du festival des Belles
Etrangères (jusqu'au 20 novembre,
www.belles-etrangeres.culture.fr).

ROLAND BARTHES

« Abondamment illustrée,
la nouvelle édition réussit
le pari de créer un nouvel
accès à la lecture d'un
Barthes démystiticateur. »

Julia Kristeva, Le Monde

ÉDITION ILLUSTRÉE ÉTABLIE PAR JACQUELINE GUITTARD

Seuil

18-24 NOVEMBRE 2010 0 131

