ON AIME BEAUCOUP PASSIONNEMENT [ LECTURES

LE COUP DE CŒUR
D'AUDE LANCELIN

PREMIER ROMAN

Un roman estonien

PAR KATRINA KALDA

Gallimard, 196 p., 16,90 euros.

Sarko en dico

Tallinn, 1994. Avec la fin de l'URSS, l'Estonie
s'abandonne au capitalisme et à la glorification
de la dissidence antisoviétique. Le jeune August,
qui n'a rien d'un résistant, doit en créer un
pour le feuilleton d'un journal. Il s'invente un
double courageux, comme lui amoureux d'une
femme trop puissante. Mais, au fil de l'écriture,
l'alter ego fictif se révolte contre son créateur et
prend la plume à son tour. Un bon roman, mal-
gré quelques longueurs. Claire Fleury

BIOGRAPHIE

Une femme en exil

PAR EMMANUEL DE WARESQUIEL

Robert Laffont, 276 p., 20 euros.

Pour Félicie de Fauveau (peinture d'Ary
Scheffer), esthétique et politique étaient indis-
sociables. Son admiration pour le Moyen Age
et la Renaissance nourrit autant son talent de
sculptrice que sa passion pour la cause roya-
liste, qu'elle défendit arme à la main dans le
maquis Vendéen en 1832. Après ses biogra-
phies de Talleyrand et de Richelieu, c'est donc
une histoire moins connue qu'Emmanuel de
Waresquiel a choisie : celle d'une artiste admirée
par Balzac et Stendhal, comparée à Benvenuto
Cellini, dont l'image d'idéaliste révoltée a précipité
la chute dans l'oubli. Jonathan Reymond

Faudra-t-il aussi bientôt
mettre en examen l'ordre
alphabétique pour ou-
trage ? De A comme
« Afrique » à X comme
« Xénophobie sublimi-
nale », ce « Dictionnaire critique
du “sarkozysme” » tendrait à le
suggérer tant le procédé s'avère
décapant. A l'initiative de la
revue «Lignes», 34 auteurs se
sont prêtés au jeu de décorti-
quer un vocable illustrant le
style de politique en place de
puis 2007. Ainsi voit-on le socio-
logue Gérard Mauger
s'interroger, à R comme
«Racaille», sur la récente for-
tune de cette trouvaille linguis-
tique de la droite nationaliste
des années 1930, ou René
Schérer, à A comme
« Autosatisfaction », analyser le
goût de l'accolade du chef de
l'Etat et la banalité volontiers
bafouillante de son élocution.
Autres must de ce glossaire
irrévérencieux : D comme
« Décomplexer » ou C comme
«Con» (« Casse-toi pauvre
con ! »). Les plus cruels de ces
académiciens improvisés sont
toutefois ceux qui choisissent
déjà de conjuguer le régime au
passé. Le philosophe Jean-Luc
Nancy imagine ainsi le terme
même de « sarkozysme » tombé
en désuétude dans un exercice
d'étymologie rétrospective aussi
cocasse qu'érudit. A la lettre I
comme « Irréel du passé », l'écri-
vain Francis Marmande se pro-
jette également dans une France
où celui-ci serait enfin remisé au
cimetière des convulsions poli-
tiques défuntes. Et de conclure :
« Ce jour-là nous rirons sans
comprendre »
«Dictionnaire critique
du “Sarkozysme” », revue
« Lignes », n° 33, 166p.,
19 euros.

ETRANGER

Féroces

PAR ROBERT GOOLRICK (photo), TRADUIT DE L'ANGLAIS

PAR MARIE DE PRÉMONVILLE

Anne Carrière, 256 p, 20,50 euros.

Dans les années 1950, dans une petite ville de
Virginie, les époux Goolrick présentent au monde le visage
parfait d'un couple heureux. En privé, c'est une autre affaire.
Derrière les murs de leur maison, le mal couve. Au point
que leur fils, le narrateur, finit par atterrir à l'asile. Que
s'est-il passé? On l'apprendra à la fin du livre, terrifiante
charge contre l'hypocrisie puritaine qui décrit la lente dé-
chéance d'une famille modèle. Ce requiem pour des âmes
perdues est un pur chef-d'œuvre. Claire Julliard

132 0 LE NOUVEL OBSERVATEUR

Kent Eanes

R.G. Ojéda-RMN

Wojtek Buss-Tips-Photononstop-AFP
