ARTS-SPECTACLES

Le Grand Louvre, l'Arche de la Défense, les colonnes de Buren, la Très
Grande Bibliothèque, l'Opéra-Bastille : ces cinq œuvres pharaoniques voulues
par François Mitterrand sont nées au milieu de polémiques féroces. Comment ont-
elles résisté au temps? Bernard Géniès a enquêté

Que sont
les grands travaux
devenus ?

Quelques mois avant l'élection
présidentielle de mai 1981, lors
d'un symposium à l'Unesco,
François Mitterrand annonce les
grandes lignes de son pro-
gramme culturel. Trois verbes
en définissent les priorités : « réensemen-
cer », « décentraliser», «créer». Durant les
deux septennats de son mandat présidentiel
— entrecoupés par deux périodes de cohabita-
tion — des écoles de formation artistique, des
centres d'art, des bibliothèques voient le jour
aux quatre coins du pays. Mais c'est à Paris
que les symboles les plus visibles et les plus
forts sont érigés. Tous, ou presque, sont nés
au milieu de polémiques parfois violentes. Le
président de la République est affublé du
sobriquet de « Tonton-Khamon », cependant
que Jack Lang, ministre de la Culture (de
1981 à 1986 puis de 1988 à 1993), se voit ac-
cusé par les uns de «jeter des paillettes» et
par les autres de répandre dans la jeunesse le
«sida mental». Aujourd'hui, Jack Lang re-
vient sur l'une des aventures les plus mar-
quantes de cette période. Dans « les Batailles

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du Grand Louvre », il raconte la naissance de
ce géant culturel (lire entretien p. 139), qui
est une réussite évidente. Mais vingt ou
trente ans plus tard, comment survivent les
autres œuvres monumentales du socialisme
triomphant ? Réponses.

Le Grand Louvre

En 1989

La guerre du Louvre aura duré près de huit
ans. Entre le 24 septembre 1981 (date de
l'annonce du lancement de l'opération Grand
Louvre) et le 29 mars 1989 (jour de l'inaugu-
ration par François Mitterrand de la pyra-
mide imaginée par Ieoh Ming Pei), les
polémiques ont fait rage. Jean Dutourd lance
un «appel à l'insurrection», Mitterrand se
voit surnommé «Tonton-Khamon» et l'on
ironise sur la «pyramide chinoise».
Médiatique, la guerre sera aussi politique,
Michel Guy, ancien ministre de la Culture du
gouvernement Chirac prenant la tête d'une
Association pour le Renouveau du Louvre

(sic). La bataille de l'aile Richelieu, occupée
par le ministère des Finances d'Edouard
Balladur, sera tout aussi féroce : c'est seule-
ment en septembre 1989 que ces services
partiront pour Bercy.

En 2010

Huit millions et demi de visiteurs en 2009,
10 millions certainement avant 2015 : le
Louvre, loin devant le Metropolitan de New
York ou le British Museum de Londres, est
bien le plus grand musée du monde. Sous la
direction d'Henri Loyrette, son président-
directeur depuis 2001, cet établissement
public est devenu aussi une grande machine
culturelle ouverte au monde contemporain et
aux artistes d'aujourd'hui. Toujours plus
grand? En 2012, le Louvre-Lens ouvrira ses
portes tandis qu'à Paris les nouvelles salles
des Arts de l'Islam seront inaugurées. L'année
suivante viendra le tour de l'ouverture du
Louvre-Abu Dhabi, opération qui a donné
lieu à de virulentes polémiques. Le Louvre
a-t-il vendu son âme? Ou bien est-il devenu
simplement un musée de son temps ?

