Le retour d'Areski en solo

A la claire Fontaine

On aurait tort de le réduire au rôle de
prince consort de la déboussolée et
déboussolante reine du Kekeland.
Areski Belkacem est bien plus
important que cela pour Brigitte Fontaine :
moins glamour que Montant et Signoret, leur
couple déjanté est déjà légendaire. Elle écrit et
chante, il compose et orchestre le tout. Sur les
scènes de France, l'instrumentiste se contente
d'une semi-obscurité, laissant élégamment
toute la lumière à sa compagne.
Le tandem fonctionne du feu de Dieu. On au-
rait presque tendance à oublier qu'Areski
Belkacem, 70 ans, discret passant de l'île Saint-

EN HAUSSE

Cher Beethoven

Louis, a sa propre existence. « Le
Triomphe de l'amour », son nou-
vel album, en témoigne. Au
retour de la guerre d'Algérie, il
retrouve Jacques Higelin, son ca-
marade de régiment, et les deux
amis sortent ensemble en 1969
un premier disque, « Higelin et
Areski », qui penchait vers le folk. Higelin fut
bien inspiré de le présenter à sa copine Brigitte,
laquelle tentait alors sa chance dans le théâtre
underground. C'était le temps béni de la Vieille
Grille, du Lucemaire, du Vieux-Colombier. Le
temps où Pierre Barouh et son label Saravah

Areski Belkacem

avaient la main. Entre 1973 et 1978, Areski et
Brigitte Fontaine sortiront chez Barouh quatre
albums à deux Voix. Quarante années séparent
« Un beau matin», le premier album solo
d'Areski, et « le Triomphe de l'amour ». Areski
signe l'essentiel des paroles et des musiques, à
l'exception de « Salomé » et du
« Triomphe de l'amour », écrites
en collaboration avec Brigitte
Fontaine. Coréalisé par Areski
Belkacem et Jack Lahana, le
disque ne ressemble à rien de ce
que l'on entend aujourd'hui. Des
musiques pour la plupart orien-
talisantes font le lit d'une voix
traînante. On dirait celle de son ami Georges
Moustaki, en moins caverneuse. Un disque
hédoniste pour promeneurs contemplatifs.

SOPHIE DELASSEIN

CD :« le Triomphe de l'amour »,
Universal.

Claude Gassian

EN BAISSE

Pauvre Mozart

L'aura-t-on attendue, sa Correspondance ! En 1968,
elle paraissait en français chez un éditeur italien (!),
mais en suivant l'édition anglaise (!!), elle avait vite
disparu, suite à la faillite de l'éditeur. On avait eu
beau la proposer à dix éditeurs français, rien n'y
avait fait : elle ne tentait personne. L'un d'eux
avait même déclaré sans la lire : « Si cette corres-
pondance était aussi bonne, quelqu'un l'aurait déja publiée. » Actes
Sud s'y est mis (en fac-similé, 1 737 pages, 49 euros). On va décou-
vrir quel genre d'homme était ce Beethoven, qui devait «puer des
pieds » (François Michel) ; quel genre de commerçant il était, vendant
la même œuvre à trois éditeurs différents ; quel genre d'ami, toujours
grognant de colère ; quel genre d'amoureux : «Mon ange, mon tout,
mon moi », écrit-il, sans envoyer la lettre. On dit qu'il est mort vierge,
mais il fut le plus ardent des hommes. Jacques Drillon

A. Dagli Orti-The Art Archive-AFP

A. Dagli Orti-The Art Archive-AFP

C'est peut-être la vingtième reprise des « Noces de
Figaro » de Mozart dans la mise en scène « légen-
daire » de Giorgio Strehler, laquelle date de 1973. Et
lequel est mort en 1997. Décors refaits, costumes
bidouillés ou retaillés, tout cela sous la direction de
son assistant d'alors... Il n'en reste rien, qu'une
trace, qu'un souvenir. Ce qui était étincelant d'intel-
ligence est devenu terne de banalité; les éclairages fabuleux (on
était dans Rembrandt) sont devenus des ombres jaunasses ; les
chanteurs, dont chaque geste était émouvant, amusant, signifiant,
sont abandonnés à leur paresse naturelle et ne jouent pas. Quant au
chef Georg Solti, «brillant vif et fort, telle une aiguille», il a laissé
la place à Philippe Jordan : vague, imprécis, instable, mou. Le spec-
tacle était passé de l'Opéra royal de Versailles au Palais Garnier. Le
voici à Bastille. Il y croupira jusqu'au 24 novembre. J. Dr.

18-24 NOVEMBRE 2010 0 141

