Les DVD
de Forestier

Monsieur Leguignon,
lampiste

Film de Maurice Labro (1952)
C'est en allant acheter un
timbre au bureau de poste
de Mortagne-au-Perche que
j'ai trouvé cette curiosité. Dans
un bac, devant le guichet de
la préposée aux paquets, il
y avait «Monsieur Leguignon,
lampiste ». Inutile de vous dire
que j'ai immédiatement acheté
la chose, oubliant le timbre,
la préposée et ma lettre. Bien
m'en a pris. Car c'est de la
comédie à l'italienne, avec
mille petits personnages pitto-
resques, un décor populaire et
une gentille dérision de la force
dite publique. Leguignon,
employé à la SNCF, est un
scoumounard: il est viré de
chez lui, il se casse la gueule,
s'installe dans une cabane
de banlieue, se fait maltraiter
par les gamins du quartier,
s'engueule avec son voisin... et
trouve un trésor sous son plan-
cher! Voici l'un de ces petits
nanars comme on aime. Louis
de Funès a deux répliques,
Carmet joue un flic débonnaire,
Jane Marken est une ménagère
forte en gueule (et en poitrine),
Pierre Larquey se transforme
en voyou raté, Bernard
Lajarrige est un avocat mina-
ble et Yves Deniaud tient le
rôle du lampiste. C'est lui qui,
jadis, a enchanté mon enfance
en récitant les Fables de
La Fontaine en argot (« Un pi-
gnouf de corbac sur un touffu
planqué s'envoyait par la fiole
un coulant baraqué... »).
C'est mieux que du cinéma,
c'est du cinoche. F. F.
Studio Canal, noir et blanc,
101 min, de 5 à 9 euros,
selon les vendeurs.

142 0 LE NOUVEL OBSERVATEUR

La critique de Pascal Mérigeau

Banque à part

Si le spectacle des jeux et enjeux finan-
ciers vous plongent dans des abîmes
de perplexité, si le jargon employé pour
les désigner et les décrire ne fait qu'aug-
menter votre trouble, surtout ne désespé-
rez pas, c'est fait exprès. Sans doute l'air
supérieur affiché par ceux qui «savent», quand
vous osez leur poser une question, vous le don-
nait-il à penser déjà, sentiment validé quand ils
laissent tomber qu'il ne servirait à rien d'essayer
de vous expliquer, trop crétin que vous êtes pour
comprendre ce à quoi en vérité ils s'occupent,
mais enfin après avoir vu «Inside Job», vous
vous sentirez un peu moins idiot, et en tout cas
beaucoup moins seul. C'est que Charles Ferguson,
déjà auteur de l'excellent « No End in Sight », sur

la guerre en Irak, et dont la Inside job
carte de visite, longue comme
un jour sans pain, témoigne
de l'expertise en la matière,
ne prend pas le spectateur pour une tache. Et face
à lui les maîtres du monde, ceux du moins qui ont
accepté de répondre à ses questions, ne peuvent
espérer s'en tirer au moyen de leurs trucs habi-
tuels. «Vous savez bien que vous dites n'importe
quoi», «Pardonnez-moi, mais là vous devenez
obscur » sont parmi les phrases qui reviennent au
fil de ces entretiens, formant une mosaïque dont
chacune des vignettes justifierait la citation.

Banquiers, économistes, conseillers, ministres,
journalistes, professeurs d'université se succè-
dent devant la caméra, les dénégations pathé-
tiques et les reculades pitoyables des uns
éclairant tout autant que les analyses et les com-
mentaires des autres. Ferguson n'a pas manqué
non plus de donner la parole à une blonde « ma-
dame» de Manhattan, dont l'apport n'est peut-
être pas le plus décisif, mais certes pas le moins

de Charles Ferguson (1h40).

révélateur: oui, au temps de leur splendeur,
les princes de Wall Street réglaient leurs folles
nuits de baise et de coke sur notes de frais. Avec
l'argent de leurs clients, le nôtre donc. C'est sans
doute très bien, puisqu'ils l'ont fait, seulement
nous n'en savions rien. De même, si certains
d'entre nous avaient connaissance de ce que
les plus prestigieux des professeurs des universi-
tés, qui dispensent leurs avis et leurs conseils
quant au fonctionnement souhaitable de l'éco-
nomie mondiale, sont régulièrement apointés
par des compagnies financières, ils ignoraient
sans doute que les mêmes n'y aperçoivent pas
l'ombre d'un possible conflit d'intérêts. Quant
à ceux qui se sont trouvés en première ligne
lorsqu'il s'est agi d'actionner les mécanismes
qui ont conduit à
la catastrophe, ils
font aujourd'hui
fonction de conseil-
lers d'Obama.
Rassurant, n'est-ce
pas? Et amusante,
cette phrase lancée
à un parfait « hon-
nête homme » pris la
main dans le sac et
qui s'engage à ne
pas recommencer:
«Que répondez-vous
quand un type qui a
braqué votre banque
vous dit qu'il s'est mal com-
porté, en effet, mais que
c'était la dernière fois ? Vous
le laissez libre de remettre
ça ?» La réponse se lit dans le regard de l'accusé :
lui, non, mais moi, oui. Parce que le braqueur a
dérobé trois sous, quand l'autre a envoyé par le
fond des milliers de gens qui lui avaient fait
confiance? Oui, ça doit être ça. Le prodige que
réussit « Inside Job » est de rendre limpide ce qui
ne l'est pas, même pour qui ne possède en la ma-
tière aucune compétence. Pour l'anecdote, les
plans de New York tournés d'un hélicopère
sont les plus saisissants que j'ai jamais vus. En y
repensant, je me suis dit que j'allais retirer mes
quelques sous de la banque et les planquer dans
une chaussette. Je ne l'ai pas fait, et aujourd'hui
je me demande bien pourquoi. P. M.

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