[LES CHOIX DE L'OBS]

Christain Rose-Fastimage

CLASSIQUE

jessye Norman

La diva des divas a toujours fait comme ça: aller,
retour. Aller vers Pierre Boulez, Bob Wilson, le pays
secret de la mélodie et du lied. Retour sur l'histoire
afro-américaine, le gospel, le spiritual, la douleur
collective. C'est là qu'elle reprend racine, dans la
«Solitude» du Duke, le «Blue» de Monk et les
standards favoris de ses consœurs Ella Fitzgerald,
Nina Simone, Lena Horne, Joséphine Baker, et
sa «jumelle en conscience», Odetta. Les anches
de Martin Williams, la trompette de Mike Lowatt,
le piano de Mark Markham et le rhythm de Steve
Johns communient dans ce tribute to the greats donné
un soir, un seul, à l'Olympia. I. A. A.
Le 19 nov., à l'0lympia ; 08-92-68-33-68 ou
www.lesgrandesvoix.fr

JAZZ

Sylvie Courvoisier & Mark Feldman
Quartet

Un jour, la belle pianiste suisse a rencontré le
Paganini de Brooklyn, et ce fut le coup de foudre :
musical et amoureux. Depuis, ces deux-là défen-
dent, ensemble ou séparément au sein de diverses
formations, une musique improvisée de très haute
tenue, qui doit autant à la tradition du jazz qu'à
l'attention qu'ils portent à la musique la plus
contemporaine. On ne s'étonnera donc pas que
Sylvie Courvoisier et Mark Feldman soient deux
étoiles particulièrement brillantes de la galaxie John
Zorn. On les avait entendus en solo, en duo ; les voici
en quartet, et en fort bonne compagnie puisque
Thomas Morgan sera à la contrebasse et l'impec-
cable Gerry Hemingway à la batterie. B. L.
Le 21 nov., au Sunside, 01-40-26-46-60.

146 0 LE NOUVEL OBSERVATEUR

Joffet Emmanuel-Sipa

Christain Rose-Fastimage

SORTIES CD

D.R.

Classique

Leonard Bernstein :

« The Symphony Edition »
C'est un gros coffret,
format disques noirs,
qui contient les 60 CD
que Bernstein a enregistrés
avec le New York
Philharmonic. On
y retrouve ce que
le chef a fait de mieux,
et de moins bon. Son
enthousiasme parfois
incontrôlé le prédisposait
à Haydn, à Beethoven
(extraordinaires !),
mais le desservait dans
des œuvres plus subtiles
(Mozart), encore qu'il ait
remarquablement servi
Mahler et Brahms —
rien n'est simple avec lui.
Beaucoup de musique
américaine atroce,
défendue avec l'énergie
du zélateur. (Sony.) J. Dr.

D.R.

Gospel

« Mahalia Jackson
Sings »

En 2011, on célébrera le
centenaire de la naissance
de celle qui aura révélé au
monde entier les pouvoirs
de la musique religieuse
afro-américaine. Car cette
voix d'une puissance
prodigieuse, mais capable
des nuances les plus
délicates, a fait tomber
tous les murs et fait
souffler l'Esprit dans les
lieux les moins prévisibles.
Ainsi ce froid studio de
télévision où Mahalia, en
1961, est accompagnée par
Barney Kessel, Red Mitchell
et Shelly Manne ! Musique
divine qui l'eût été plus
encore en public...
(1 DVD Wienerworld.) B. L.

TRADITIONNEL

Adama

Le groupe Adama fête ses trente ans, avec son
spectacle intitulé « Nessia Tova ». Pour ceux qui ne
la connaîtraient pas encore, la troupe a été créée par
les frères Zaoui (Ilan et Momo). Ces derniers ont eu
le privilège d'enseigner à Louis de Funès la danse
hassidique qui constitue la scène culte du film
« les Aventures de Rabbi Jacob », de Gérard Oury.
Le spectacle anniversaire d'Adama mêle chants et
danses traditionnels juifs. Une musique errante,
donc, et polyglotte, puisque l'on passe de l'hébreu
à l'arabe, de l'espagnol au yiddish. Absolument
fabuleux. S. D.
Le 15 nov., au Casino de Paris; 08-92-69-89-26.

THÉÂTRE

Lulu, femme sacrifiée

« Lulu, une tragédie-monstre », que Frank Wedekind
remania pendant vingt ans, est une pièce légendaire
qui inspira cinéma et opéra. Stéphane Braunschweig
a choisi la version primitive de 1894. Décentrant le
regard porté sur Lulu (femme fatale semant la mort
et mourant assassinée), il dissèque le terreau dans
lequel elle est née. Cette société sans autres valeurs
que le plaisir et l'argent ressemble à la nôtre : les
salons que fréquente sa Lulu sont furieusement
branchés et toute une faune s'y agite. Servi par des
comédiens excellents (dont Philippe Girard, John
Arnold), Braunschweig monte chaque scène avec
une froideur si ironique qu'on rit souvent. Lulu
(Chloé Réjon) a une fraîcheur de Pierrot sacrifié;
c'est attachant, mais insuffisant. Il manque à ce
beau spectacle l'ambiguïté du désir. O. Qt
Jusqu'au 23 déc., Théâtre de la Colline;
01-44-62-52-52.

Benoîte Fanton-WikiSpectacle

