ACCESSOIRES

[AIR DU TEMPS]

Avec un petit h

En récupérant ses luxueux
matériaux, la maison
Hermès invente un
nouveau métier

Avec ses yeux délavés et son élégante
douceur, Pascale Mussard n'a rien d'une
bête de mode. Ce qui est précisément
le cadet des soucis de cette descendante
d'Emile Hermès qui, guidée par la poé-
sie des objets et la recherche de la qua-
lité, lance la maison dans une nouvelle
aventure. Ou plutôt un métier, comme
on dit Faubourg-Saint-Honoré où il y a
une division cuir, cristal, soie, orfèvrerie, etc.,
représentant autant de savoir-faire. Le mé
tier que Pascale (ancienne directrice artis-
tique de la maison avec son cousin
Pierre-Alexis Dumas) supervise, c'est celui
de la réutilisation. Cela donne une ligne d'ob-
jets uniques, de la balançoire en cuir à la co-
lonne lumineuse en tasses de porcelaine en
passant part le délicieux filet à provision en
soie tressée, vendus sous le label
«petit h » (*).

Qu'elle qualifie de «cabinet de curiosités».
Dans son atelier, elle travaille à l'invention
de ces pièces réalisées à partir des sublimes
matières premières «mises de côté » car non
utilisées. Telle une petite souris, elle furète
donc dans les poubelles, au pied des tables
de travail et récupère, par exemple, une chute

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de croco d'un sac.
Sur des étagères,
derrière de
grands draps
blancs, elle mon-
tre les tas de
cuirs, les rou-
leaux de soie, les
verres de cristal,
tous parfaits pour le profane mais qui ont
un défaut, même infime. «Nos exigences de
qualité sont telles que si un morceau de cuir
n'est pas “cadré”, nous ne pouvons l'utiliser.
Ici nous lui donnons une autre vie, en gar-
dant nos principes. On ne peut pas vraiment
parler de recyclage. Plutôt de re-création».

Faon en cuir, suspensions en
soie et commode en tapis de
bain : la poésie petit h

Avec les artisans d'Hermès et les artistes
dont elle s'est entourée, elle imagine ce que
deviendront ces matières et la mise au point
des objets. Ainsi Christian Astuguevieille a
proposé une commode gainée de cuir et re-
couverte de tapis de bain. Alors que le duo
Stefania Di Petrillo et Godefroy de Virieu a
créé une série de bijoux, plissés comme une
gaine électrique par le plisseur, M. Lognon.
C'est ravissant et — relativement — accessi-
ble (de 130 à 170 euros le collier). Dans la
même veine, il y a ces cartes postales réali-
sées avec des morceaux de cuir (à partir de
50 euros). «Nous les avons envoyées, elles
sont toutes arrivées sourit-elle. Un jour, peut-
être, petit h donnera des idées à grand H.
Chez Hermès, nous avons toujours travaillé
comme ça. Ainsi, les agendas ou les brace-
lets-montres ont été créés à partir de chutes
de cuir. C'est notre culture protestante : rien
ne se perd. J'ai grandi avec cette idée que
notre fantaisie s'exerce dans le cadre de va-
leurs immuables.»
La «famille », toujours... Dans son sac, son
portable ne cesse de sonner. La famille, sans
doute. Deux jours plus tôt, le groupe LVMH
a annoncé qu'il possédait 17,4% du capital.
Elle ne commente pas. Sauf pour parler de
la famille : «je pense que ça ne peut que
nous souder encore.»

MARIE-PIERRE LANNELONGUE
(*) jusqu'au 4 décembre au 24, rue du Faubourg-
Saint-Honoré, Paris (8e). Puis au printemps 2011 à
Tokyo et Osaka et en octobre à New York.

Vincent Leroux pour Hermès

