EN COUVERTURE

expliquant qu'elles doivent se rendre dans un
autre commissariat pour le faire... Quant à
l'Observatoire national de la Délinquance qui
devait garantir la vérité des chiffres, il est pré-
sidé par un proche conseiller du président
(Voir les arguments d'Alain Bauer)...

N. O. — Faut-il recruter davantage de poli-
ciers pour faire baisser l'insécurité ?

F. Rebsamen. — Ce serait l'idéal, mais il
n'est pas réaliste de le laisser penser. Le gou-
vernement s'est lancé, pour des raisons comp-
tables, dans une dangereuse réduction
d'effectifs. Depuis le retour de la droite au
pouvoir, plus de 10 O00 postes de policiers ont
ainsi été supprimés. Nous nous engageons à
donner un coup d'arrêt à cette baisse des
effectifs en stabilisant le nombre de policiers
à 105 000 et celui des gendarmes à 100 000.
Nous proposons aussi de sanctuariser le bud-
get du ministère de l'Intérieur qui affiche
aujourd'hui une diminution sensible, hors
dépenses de personnel. Quand on voit l'état

difficiles. Nous formerons et nous encadre-
rons mieux les policiers qui y seront affectés.

N. O. — Faut-il développer la vidéosurveil-
lance ?

F. Rebsamen. — Les caméras participent à
la dissuasion. Elles ne remplacent pas la
présence humaine, mais on aurait tort de s'en
priver pour des raisons idéologiques. Le vrai
problème, c'est surtout qu'elles coûtent cher
aux collectivités locales.

N. O. — Que propose le PS pour améliorer
la lutte contre la délinquance ?

F. Rebsamen. — D'abord la prévenir, en
dépistant dès la petite enfance les premières
difficultés scolaires. Cela doit commencer très
tôt, à l'école maternelle. Il faut agir dès le
premier signe de décrochage pour éviter que
la spirale de l'exclusion ne s'enclenche. Cela
suppose de renforcer les équipes pédago-
giques. Dans les zones d'éducation prioritaire,
un enseignant ne devrait pas avoir plus de
15 élèves par classe. Il faut aussi mieux ac-

« QUAND ON VOIT L'ÉTAT DE CERTAINS COMMISSARIATS,
ON PEUT CARRÉMENT PARLER
DE CLOCHARDISATION DE LA POLICE NATIONALE »

de certains commissariats, on peut carrément
parler de clochardisation de la police!

N. O. — Construirez-vous de nouveaux com-
missariats ?

F. Rebsamen. — Nous proposons que les
collectivités locales prennent en charge
l'entretien ou la construction des bâtiments,
là où c'est nécessaire. Mais attention, cela ne
pourra pas non plus être systématique.
L'ouverture d'un commissariat est très gour-
mande en personnel. Cela fait autant de
policiers en moins disponibles pour aller sur
le terrain. Or nous souhaitons le retour d'une
présence policière quotidienne dans certains
quartiers.

N. O. — C'est le retour de la police de proxi-
mité ?

F. Rebsamen. — Police de quartier, police
de proximité... qu'importe la façon dont on
l'appelle, pourvu qu'elle soit là, bien implan-
tée et au contact quotidien de la population.
Nicolas Sarkozy a honteusement caricaturé la
police de proximité que la gauche avait mise
en place sous le gouvernement de Lionel
Jospin. Mais depuis qu'elle a été supprimée et
que les forces de l'ordre ne mettent plus les
pieds dans certains quartiers que pour des
opérations coups de poing, les habitants la re-
grettent ! Le PS ne doit donc pas avoir de com-
plexe en la matière, d'autant que nous avons,
nous aussi, tiré les leçons du passé. Nous
concentrerons les moyens dans les quartiers

22 0 LE NOUVEL OBSERVATEUR

compagner les familles, responsabiliser les
parents et les sanctionner le cas échéant, mais
certainement pas en leur coupant les alloca-
tions, ce qui reviendrait à les priver des
moyens d'élever leurs enfants!

N. O. — Faut-il sanctionner plus lourdement
les actes de délinquance ?

François Rebsamen. — On ne réglera rien
avec des condamnations de plus en plus
lourdes si elles sont inapplicables. Pour être
efficace, il faut que la sanction tombe au pre-
mier acte de délinquance, qu'elle soit immé-
diate, proportionnée aux faits et surtout
qu'elle soit appliquée ! Très souvent, pour les
petits délits, la justice ne dispose pas des me-
sures adéquates. Prenez les travaux d'intérêt
général : ce n'est pas le juge qui va les inven-
ter. Nous proposons donc d'obliger les collec-
tivités à mettre à disposition de la justice des
travaux d'intérêt général (TIG) ou des tra-
vaux d'intérêt éducatif (TIE), en lien avec
l'Education nationale.

N. O. — Et quand les délits sont plus sé-
rieux ?

F. Rebsamen. — Nous souhaitons suppri-
mer les peines planchers qui condamnent au-
tomatiquement à la prison. L'emprison-
nement systématique n'est pas une réponse
appropriée et, par ailleurs, les prisons sont
pleines. Il faut élargir la palette et l'adapter à
chaque délinquant. Cela peut aller de l'internat
éducatif pour des jeunes qui sont encore dans



un cursus scolaire, à des centres de discipline
et de réinsertion sous contrôle judiciaire, où le
délinquant est enfermé la nuit mais travaille le
jour en milieu ouvert. Nous proposons aussi
que le juge puisse prononcer, à la demande des
policiers de terrain, des injonctions préven-
tives qui interdisent à tel condamné, une fois
sa peine purgée, de fréquenter X, Y ou Z, ou de
se rendre dans tel ou tel endroit pendant une
période donnée. Il faut tout faire pour éviter
qu'une poignée de délinquants ne pourrissent
la vie de tout un quartier.

N. O. — Tout cela demande des moyens...

F. Rebsamen. — Oui, et s'il y a un seul
domaine où on doit recruter aujourd'hui, c'est
au ministère de la justice, afin d'éviter l'engor-
gement des tribunaux et de permettre l'appli-
cabilité immédiate des peines.

N. O. — Et dans les quartiers où la police
n'entre plus qu'au coup par coup ?

F. Rebsamen. — Nous y rétablirons l'ordre
et la sécurité de façon pérenne. Une centaine
de quartiers extrêmement difficiles sont
aujourd'hui devenus des zones de non-droit
où règne la loi du caïdat. La reconquête de
ces quartiers sera longue et compliquée. Elle
ne se fera pas sans une concentration de
moyens budgétaires. Et elle commencera par
une présence prolongée des forces de l'ordre
les plus expérimentées.

N. O. — En faisant appel à l'armée ?

F. Rebsamen. — Eventuellement. Les gen-
darmes savent très bien mener ces opéra-
tions de «pacification», ils l'ont plusieurs
fois démontré à l'étranger. Mais nous ne fe-
rons pas venir non plus les chars dans ces
quartiers ! Certains élus de mon parti en
sont à se dire qu'il faudrait des lois d'excep-
tion pour reconquérir ces cités difficiles. Je
pense, moi, qu'il faut des moyens exception-
nels et une volonté politique sans faille. On
ne nettoiera pas ces quartiers au Kärcher
mais en y ramenant l'Etat de droit.

N. O. — On a longtemps accusé le PS de
chercher des excuses aux délinquants et de
négliger les victimes...

F. Rebsamen. — La misère, la discrimina-
tion, l'exclusion sont des terreaux propices à
l'insécurité. Mais la pauvreté ne constitue en
aucun cas une excuse à la délinquance.
Quant aux victimes, il est essentiel de mieux
les accompagner du début à la fin de la pro-
cédure. C'est pourquoi nous proposons de
mettre en place un accueil spécialisé, avec
une assistante sociale ou une psychologue
par exemple, dans les gendarmeries et les
commis-sariats. Nous souhaitons aussi aider
à la création d'associations d'aide aux
victimes dans chaque département.

Propos recueillis par
MATTHIEU CROISSANDEAU

