EN COUVERTURE

TOULOUSE

LA POLICE EST-ELLE À LA HAUTEUR?

Mis en cause par Nicolas Sarkozy en 2003, les responsables de la sécurité ont changé.
Mais les statistiques ne s'améliorent pas. Pourquoi?

Toulouse, le 3 février 2003. Com-
missariat de Bellefontaine. «La
mission première de la police n'est
pas d'organiser des matchs de
rugby pour les jeunes», lance
Nicolas Sarkozy, cinglant, aux policiers qui lui
font part de leur travail de terrain dans ce
quartier populaire. Sous l'œil des caméras, il
étrille le directeur de la police, Jean-Pierre
Havrin. C'est par cette humiliation dont il s'est
mal remis que débute le livre publié ces jours-
ci par l'ancien patron de la police de Haute-
Garonne. Débarqué dans la foulée, mis au
placard, ce chevènementiste, désormais en
retraite de la police nationale, est devenu
en 2008 adjoint au maire de Toulouse, en
charge de la sécurité.

Toulouse, ville pilote de la police de proxi-
mité sous Jospin, ville totem de la reprise en
main par Sarkozy. «Il disait que la délinquance
avait augmenté à Toulouse en se basant sur le
taux d'élucidation des affaires, qui était effecti-
vement bas, ce qui est normal quand on fait de
la police de proximité : on prend toutes les

28 0 LE NOUVEL OBSERVATEUR

plaintes, même des conflits de voisinage. En re-
vanche, grâce à notre implantation dans le
quartier, on avait pu arrêter plusieurs des
voyous qui imposaient leur loi. Nous étions sur
la bonne voie», affirme jean-Pierre Havrin, qui
défend son bilan. Certains chiffres parlent pour
lui. Si l'on en croit les statistiques de la préfec-
ture, la délinquance a connu une baisse dans
la première moitié des années 2000, avant de
repartir à la hausse depuis 2005.

Ce qui est certain, en revanche, c'est que
l'efficacité des services de police, dénoncée
comme insuffisante à son époque, ne s'est pas
améliorée, malgré un changement de cap ra-
dical. D'après l'Observatoire national de la
Délinquance, le taux d'élucidation des affaires
reste toujours particulièrement bas : 9 fois
sur 10 à Toulouse, les auteurs de vols et de
cambriolages ne sont pas arrêtés. Et les vols
avec violence connaissent une très sensible
augmentation depuis un an, alors même que
des renforts ont été envoyés par la Place-
Beauvau dans les quartiers en septembre
2008 et 2009. La ville n'est pas facile, il est

Rémy Gabalda-AFP

vrai. Jeune, remuante... les manifestations
fréquentes mobilisent une partie des forces de
sécurité. Les soirées finissent à l'aube et sou-
vent bien arrosées. Toulouse est aussi ville de
passage, de brassage : la plus forte crois-
sance démographique. Difficile de maintenir
le contact. « Ce n'est pas vraiment Dijon », iro-
nise le préfet Dominique Bur, arrivé de
Bourgogne en 2008. Rien à voir aussi avec
Bordeaux, la rivale traditionnelle, plus paisi-
ble, d'aucuns diront plus bourgeoise.

Un exemple ? Luc Escoda, du syndicat
Alliance, note l'épidémie de home-jacking qui
sévit depuis un an. Des familles attaquées
dans leurs maisons par des bandes venues
voler des voitures préalablement repérées. Un
réseau a été démantelé l'été dernier. Quelque
200 plaintes seraient liées à ses méfaits. La
forte présence policière dans les quartiers
contribuerait paradoxalement, selon lui, aux
mauvais chiffres toulousains. Elle aurait provo-
qué un déplacement de la violence dans les
zones résidentielles et le centre-ville. Pour
Dominique Bur, l'implantation de caméras de
vidéosurveillance en plus grand nombre amé-
liorerait la situation, ce que réclame l'opposi-
tion municipale. Avec 24 caméras en fonction,
Toulouse n'appartient pas au peloton de tête
des villes sécuritaires. Les débats sont ouverts.

En attendant, la police départementale vient
d'être réorganisée et ce n'est pas un hasard.
«La ville était très en retard pour la police
scientifique. Nous avons mis en place des for-
mations au printemps dernier, notamment
pour augmenter les relevés d'empreintes. Les
arrestations de voleurs à la roulotte (effractions
de voitures) sont en hausse sensible cet au-
tomne », affirme Dominique Bur.

Avec l'arrivée en juin d'un nouveau patron
de la police, les horaires des équipes ont été
remis à plat pour assurer leur présence sur le
terrain en soirée et les week-ends. Précédem-
ment, les bleus rentraient chez eux à 18 heures
en semaine ; une simple permanence fonction-
nait le samedi ; et la ville était livrée à elle-même
le dimanche... Les patrouilles de nuit ont été
aussi renforcées. Moins d'idéologie, donc, dans
ces réformes. Mais peut-être plus d'efficacité.

AGNES BAUMIER KLARSFELD

