EN COUVERTURE

BORDEAUX

LES VERTUS DE LA PRÉVENTION

La métropole girondine jouit d'un certain calme bourgeois. Mais, pour éviter les
dérapages, les élus de la périphérie ont aussi su jouer la présence sur le terrain

Bordeaux est une ville sûre qui n'est
pas marquée par la délinquance.»
Cette phrase de Jean-Louis David,
l'adjoint au maire chargé des ques-
tions de sécurité, beaucoup d'élus
français aimeraient pouvoir la prononcer sans
risque d'être contredits. Mais, à Bordeaux, le
diagnostic est bien partagé. Policiers, respon-
sables politiques et habitants, tout le monde
s'accorde pour reconnaître que l'aggloméra-
tion girondine est «paisible» comparée à
d'autres métropoles françaises. «Il n'y a pas
de sentiment d'insécurité dans la population,
remarque Jack Allais, secrétaire régional du
syndicat Synergie Officiers. Je pense qu'on le
doit en partie à la politique de fermeté enga-
gée par Albert Doutre », l'ancien directeur dé-
partemental de la sécurité publique qui a
quitté ses fonctions en septembre. Fermeté ou
excès de zèle? En mai 2009, les policiers
s'étaient surtout fait remarquer en embar-
quant au poste deux enfants de 5 et 8 ans
pour un vol de vélo. Mais au-delà de ces déra-
pages, l'importante présence policière dé-
ployée sur le territoire ces dernières années a
permis d'obtenir des résultats plutôt satisfai-
sants en matière de sécurité. «On a mis du
bleu partout et cela rassure la population », ré-
sume Jack Allais.

Ce calme règne aussi en périphérie de la
ville. Bordeaux possède bien quelques cités
sensibles comme le secteur des Hauts-de-
Garonne ou le quartier de Saige à Pessac,
mais ne connaît pas de violences urbaines.
Lormont, située sur la rive droite de la
Garonne, en est un bon exemple. Avec ses
66% de logements sociaux pour 22 O00 habi-
tants, ses barres qui succèdent à ses tours et
son revenu par habitant le plus bas de la
communauté urbaine, la ville a toutes les ca-
ractéristiques d'une poudrière. « Lormont,
c'est Sarcelles », souligne son maire, le socia-
liste Jean Touzeau. Pourtant, les phénomènes
de bandes sont quasi inexistants, les voitures
brûlées, très rares, et les habitants ne crai-
gnent pas de sortir de chez eux le soir. Pour

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parvenir à ce résultat, la Ville a misé sur
l'éducation et la prévention. «Nous avons
créé de nombreux équipements publics de
proximité comme le City stade ou la média-
thèque. Ce sont des lieux de vie de qualité qui
donnent aux habitants un sentiment de fierté
d'appartenir à ce territoire», précise Jean
Touzeau. Lormont a également mis en place
un réseau de correspondants de nuit chargés
de rassurer la population. Présents tous les
jours de 17 à 2 heures du matin, ils disposent
d'un local au cœur du quartier Génicart, l'un
des plus sensibles de la ville, et effectuent des
tournées de reconnaissance. « On nous appelle
souvent pour des nuisances sonores ou des
squats dans les halls d'immeuble, précise
Seng Douang Phrachanh, l'un des responsa-
bles de l'équipe. Nous ne sommes pas tou-
jours en mesure d'intervenir, car notre seule
arme, c'est la parole. Il nous arrive aussi de
recevoir des pierres ou des projectiles », pour-
suit l'éducateur, qui reconnaît pourtant que
cela reste rare et que « la commune est relati-
vement calme». Un constat partagé par les
policiers. « Contrairement à ce qu'il se passe

D. Schneider-Urba Images Server

à Toulouse dans des quartiers comme la
Reynerie, ici on peut rentrer dans les cités»,
se félicite Jack Allais.

En centre-ville, les policiers se déplacent
plus souvent pour des incivilités que des dé-
lits. «Les habitants se plaignent beaucoup de
nuisances sonores», note Stéphane Pusatéri,
animateur du blog des habitants de la com-
munauté urbaine. «De nombreuses places du
centre ont été réhabilitées dernièrement, et
les jeunes s'y rassemblent pour faire la fête
et s'alcooliser, reconnaît Jean-Louis David.
Bordeaux est devenue une ville conviviale,
c'est tant mieux, mais cela ne nous empêche
pas d'agir. Nous avons organisé une réunion
récemment avec le préfet et la police natio-
nale pour essayer de trouver des solutions. »
La prostitution, encore bien présente dans
certains secteurs comme le quartier Belcier
derrière la gare ou sur les boulevards près
du stade, irrite également les riverains. Des
pétitions circulent fréquemment pour dénon-
cer ce commerce. Là encore, le problème se
gère par la médiation, en organisant des
réunions de rue.

Depuis quelques mois, un nouveau phéno-
mène préoccupe pourtant les responsables
locaux de la sécurité publique. La préfecture
de police n'ayant pas souhaité répondre aux
questions du « Nouvel Observateur », ce sont
les syndicats de policiers qui se font l'écho de
l'arrivée massive d'une délinquance issue des
pays de l'Est, composée essentiellement de
Roumains et de Bulgares. Connues pour des
faits de chapardage ou des cambriolages, ces
populations migrantes sont très difficiles à in-
terpeller pour les policiers. «Ils agissent de
façon très organisée, explique un officier. Ils
s'installent en dehors du département dans le-
quel ils opèrent puis ils procèdent par ciblage.
Pour compliquer les choses, ils utilisent sou-
vent de fausses identités. » Une nouvelle délin-
quance à laquelle sont confrontées beaucoup
de grandes villes, mais qui inquiète à Bor-
deaux peut-être plus qu'ailleurs.

STÉPHANIE LACAZE

