EN COUVERTURE

MONTPELLIER
CAMÉRAS EN DÉBAT

La mairie compte renforcer la vidéosurveillance alors que son efficacité reste à
démontrer. Autre inconvénient : un coût croissant pour la municipalité

Dans la capitale héraultaise, les
adeptes de la vidéosurveillance
racontent tous la même histoire.
Mi-septembre, une jeune femme
rentre chez elle de nuit. Un
homme la suit. Son comportement attire l'at-
tention d'un opérateur du centre superviseur
urbain, le « CSU», où 15 employés munici-
paux se relaient 24 heures sur 24 pour contrô-
ler les 116 caméras réparties dans la ville.
Prévenus, des policiers interpellent l'individu.
Celui-ci reconnaît trois viols et une agression
sexuelle. La jeune femme l'a très probable-
ment échappé belle. Mais un tel cas, aussi
frappant soit-il, peut-il justifier une politique
globale? «Cet exemple ne peut pas remettre
en question tous les exemples où la vidéo
n'empêche rien. Pour la dissuasion, il faut des
policiers sur le terrain», estime Bruno
Bartocetti, coordinateur régional du syndicat
Unité SGP Police FO. Or les effectifs de police
sont en baisse. Sur la circonscription de
Montpellier, ils sont passés de 598 en 2003 à
505 fin octobre, alors que la population s'ac-
croît chaque année de 2800 personnes en

moyenne. La police de proximité a disparu,
deux commissariats de secteur ont fermé.
Conséquence indirecte, la ville recrute des po-
liciers municipaux — ils sont 130 aujourd'hui,
pour 257 000 habitants. Et relance le déploie-
ment de caméras, avec un objectif de 10 à
12 par an à partir de 2011.

Depuis deux ans, elle avait observé une
pause dans leur installation. Le temps de
commander une étude à l'entreprise privée
Cronos Icade Suretis pour un budget de
45 000 euros. Les conclusions, encore confi-
dentielles, sont censées montrer l'efficacité du
dispositif. « La délinquance a davantage di-
minué dans les zones vidéosurveillées de
Montpellier », affirme Régine Souche, ad-
jointe à la tranquillité publique. Autre résul-
tat : le nombre d'affaires traitées par les
opérateurs, en progression de 20% (4 968 en
2009 contre 4 136 en 2008). Pour tous ces évé-
nements signalés sur les écrans, les policiers
interviennent dans deux tiers des cas. Mais le
taux d'interpellations reste faible, autour de
10,5%. Et les réquisitions d'images par la
police, bien qu'en augmentation de 46,6%

jean-Michel Mart-MaxPPP- « Midi libre »



entre 2008 et 2009, ne représentent en valeur
absolue que 151 cas, soit 3% des affaires trai-
tées. «Les images, qui ne sont généralement
pas de très bonne qualité, ne sont qu'un des
éléments susceptibles d'apporter une preuve.
Mais c'est moins efficace qu'un bon témoi-
gnage », constate le juge Eric Deparis, délé-
gué local du Syndicat de la Magistrature.
Cela n'empêche pas le procureur de la
République Brice Robin d'affirmer l'utilité de
la « vidéoprotection » (sic) : « Même s'il y a
dix cas par an, ça vaut la peine. » Consciente
d'être sur un terrain sensible, la mairie espère
avoir l'aval des associations qu'elle a dési-
gnées pour participer à un comité d'éthique
de la vidéosurveillance. Le 26 novembre, elle
organise une réunion pour leur présenter les
résultats de l'évaluation. Seul hic : les deux
principales associations « convoquées » n'ont
aucune intention de s'y rendre. «La mairie
nous demande d'être là juste pour caution-
ner », déplore Jean-Charles Taddei, de la
Ligue des Droits de l'Homme de Montpellier,
tout en rappelant les problèmes posés en
termes de libertés individuelles. Même posi-
tion du côté du Mrap. Ironie de l'histoire, son
président, Stéphane Fernandez, par ailleurs
avocat, plaide une affaire mettant en cause le
fonctionnement du CSU de Montpellier. Ses
deux clients, qui consommaient ou échan-
geaient de la drogue, ont été surveillés par les
opérateurs de caméras alors que ces derniers
n'avaient pas le droit de procéder à de telles
investigations. En première instance,
Me Fernandez a obtenu la nullité. L'affaire a
été jugée en appel. Décision le 25 novembre.
Une histoire que la Ville devra méditer au
moment de rédiger sa charte d'éthique. Et de
voter le budget des nouvelles caméras.
L'investissement pour les 116 existantes,
dont les premières datent de l'an 2000, est
déjà de 5 millions d'euros, auxquels s'ajou-
tent 700 000 euros par an pour leur fonction-
nement. Communistes et Verts savent déjà
qu'ils voteront contre. Et les élus UMP pour.
Un grand écart politique assumé par la socia-
liste Régine Souche. «Nous ne sommes pas
laxistes. » CAROLE RAP

