[PAROLES DE LECTEURS]

UNE RUBRIQUE DIRIGÉE PAR JEAN-MARCEL BOUGUEREAU

« Respect, Monsieur Eddy ! »
N°2398 LE MITCHELL ACADEMIQUE

Dans votre numéro du 21 octobre, une cri-
tique de l'ultime opus d'Eddy Mitchell m'a fait
courir à la médiathèque pour vérifer les écrits
de Mme Sophie Delassein. Après une écoute
attentive de l'album, je me suis précipité chez
mon disquaire...

Notez bien que je n'achète pas systématique-
ment Eddy Mitchell, mais j'ai trouvé dans ce
disque un résumé habile du parcours du chan-
teur : entre crooner et rockeur, il nous balance
son humour en demi-teinte sur des harmonies
bien trouvées (Pierre Papadiamandis) et des
rythmes d'enfer («En garde à vue»). Je ne
connais pas vos goûts madame S. D., mais je
vous conseille de réécouter d'une oreille un
peu plus attentive ce « come-back » et comme
le disaient Otis et Aretha : respect, Monsieur
Eddy! Serge Lelièvre (internet)

« Une façon claire, juste
et objective »

N°2398 CONSERVER OU CONSTRUIRE

J'ai lu avec beaucoup d'attention l'article de
M. Denis Olivennes et je trouve enfin quelqu'un
qui ose traiter de façon claire, juste et objective
le problème des retraites en France. Dans cet
océan d'hypocrisie généralisée qui noie com-
plètement le sujet, c'est vraiment réconfortant.
Souhaitons qu'enfin nos responsables poli-
tiques, syndicalistes et médiatiques retrouvent
le sens des responsabilités.

Félicitations et sincères remerciements.

Jacques Ballé, 33170 Gradignan

Inacceptable !

Quels directeurs des programmes (tous),
proches de l'Eglise catholique, se sont permis
du 1er au 5 novembre sur le service public,
dans une France dite «républicaine et
laïque», d'imposer à des millions de télé-
spectateurs — dont un grand nombre ont pris
leurs distances avec la religion — une semaine
de «reportages» complaisants auprès d'une
communauté de bonnes sœurs confites dans
leur naïve dévotion (...). Cette insupportable
propagande, cette catéchisation télévisuelle
mériterait à tout le moins une réprimande du
CSA. A quand une semaine consacrée au
culte protestant, israélite, musulman, à celui
des mormons, des Témoins de Jéhovah, des
raéliens ou, tout bonnement et en toute lo-
gique, au quotidien des agnostiques et des
athées? Jean Bérard (internet)

40 0 LE NOUVEL OBSERVATEUR

LES PLIS DE L'ACTUALITÉ

Algérie : les blessures
toujours ouvertes

Plus de quarante ans ans après l'in-
dépendance, comme le dit Claudine
Rames, «la guerre d'Algérie et l'exil restent
une blessure intime pour tous ceux qui les
ont vécus et aucune analyse rationnelle ne
peut en rendre compte. Il y a, tout simple-
ment, le souvenir de l'Algérie, quittée défi-
nitivement il y a quarante-huit ans. (...) Je
voudrais rectifier l'image partiale que vous
donnez (volontairement?) des “Français”
d'Algérie. Il y avait aussi de pauvres gens,
ballottés par l'Histoire, qui n'ont pas com-
pris grand-chose aux manipulations politi-
ciennes des uns et des autres, mais qu'on
a manipulés aisément puisque leur seule
conviction résidait dans cet attachement à
un pays où ils étaient nés. Leur tort ?
N'avoir pas su porter un vrai regard sur la
vraie réalité du pays, ne pas avoir fait l'ef-
fort de comprendre que leur mode de pen-
sée et de vie n'étaient pas universels (...).
D'avoir ainsi, par leur comportement
irresponsable, participé à un des plus
lamentables et effroyables malentendus de
l'Histoire contemporaine qui en retour les
a écrabouillés. Est-ce cela être d'extrême
droite ? Je ne pense pas que ma contribu-
tion soit publiée dans votre courrier des lec-
teurs, car elle ne correspond pas au bien-
penser attendu sur le sujet». Et bien, si
Madame, nous la publions car, quoi que
vous pensiez, nous avons dans ce dossier
laissé place à des témoignages similaires.
Relisez la page 34.

Jean-Philippe Delchambre, lui, vou-
drait faire partager son sentiment de
frustration en tant qu'ancien rapatrié
pour qui aucun engagement n'a été
tenu: «En 2007, nous avons eu droit à
Nîmes à la visite de M. Estrosi, promet-
tant formellement un désendettement via
un moratoire. Le temps passe, nous
sommes désormais à près d'un demi-siè-
cle de l'indépendance de l'Algérie. La
course contre la montre va s'imposer dans
la double perspective de cette célébration et
de la présidentielle de 2012. L'heure de
régler les comptes aussi... »

Denis Marchand précise que, se trou-
vant à Alger en 1962, il a pu consta-
ter l'absence totale d'assistance de la
France lorsqu'il s'est agi d'aider au
rapatriement des pieds-noirs. «Ceux
qui embarquaient à cette époque étaient
les plus humbles. Ces gens devaient quit-
ter leur logement sans quasiment rien
emporter.» Ce lecteur nous reproche
d'avoir parlé de «l'Etat tortionnaire».
Pour lui, «c'est honteux. Vous oubliez
d'ailleurs les nombreuses exactions des
“maquisards ” : c'était encore plus qu'une
guerre (...) ». Non, nous n'oublions rien
mais, comme l'a rappelé Jean Daniel, «la
torture est peut-être le procédé le plus
humiliant pour la victime, le plus désho-
norant pour le bourreau».
Et dans cette guerre il y a une autre
catégorie de victimes, celles des har-
kis, qui pour beaucoup payent encore
même si, comme le souligne Jean
Peyrondet, «c'est grâce à l'honneur de
certains officiers qui ont désobéi aux
ordres que quelques milliers de harkis
(...) ont pu embarquer pour la métropole
et échapper aux massacres du FLN».
Cette guerre, on refusait de l'appeler
par son nom. On parlait des «événe-
ments», comme en atteste le témoignage
longtemps refoulé d'une élève infirmière,
Lucie Marsol, témoin d'une rixe entre
Algériens et de la mort de l'un d'eux dans
l'indifférence générale : « “Ne vous occu-
pez pas de ça, partez, laissez ces gens-là se
débrouiller.” D'autres phrases se perdi-
rent, je n'écoutais plus. Aujourd'hui en-
core, je sais que je porterais secours au
jeune homme, si c'était à refaire (...).
Qu'est-il devenu? Une mère, une sœur,
une femme le pleure-t-elle?»
Jean-Marcel Bouguereau
jmbouguereau@nouvelobs.com

Voir le blog de Jean-Marcel Bouguereau:
« Derrière les plis de l'actualité »

www.nouvelobs.com

