ENQUÊTE

L'ancien ministre de Jospin va lancer sa fondation, Ecologie d'Avenir, qui prend
le contre-pied de celle de Nicolas Hulot. Guerre des idées? Bien sûr, mais aussi (et
surtout?) guerre financière, dont Guillaume Malaurie dévoile les dessous empoisonnés

ALLÈGRE - HULOT
LE MATCH

Sacré Claude Allègre! Lui qui niait
que le réchauffement climatique
puisse être d'origine humaine vient
de signer le 28 octobre le rapport
remis à Valérie Pécresse par
l'Académie des Sciences... qui stipule très
précisément le contraire. Incroyable retourne-
ment? Pas si sûr. Le hussard Allègre est
aussi un redoutable tacticien. Qu'importe en
effet la bataille du climat s'il peut poursuivre
avec ses collègues de l'Académie des Sciences
la guerre totale qu'il prépare depuis bientôt
deux ans. Celle qu'il a déclarée à la Fondation
Hulot, emblème de l'écologie «négative et
rétrograde», selon lui. Une guerre de leader-
ship sur l'écologie. Une guerre financière.
Une guerre, selon Allègre, de la «science»
contre les «peurs irrationnelles et les croyances
aveugles.»

C'est dans les prochains jours que l'ex-
ministre de Lionel Jospin devrait annoncer
le lancement de sa propre fondation, Ecologie
d'Avenir, hébergée comme beaucoup d'autres
par l'Institut de France, qui réunit quai Conti
les cinq grandes Académies, dont les immor-
tels en habit. .. vert. Une « panzer fondation»
qu'Allègre présente quasiment comme un

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mouvement de libération nationale pour en
finir avec les antiques tabous de la vulgate
écologique. A commencer par le principe de
précaution, qu'il estime, comme de nombreux
chercheurs en biogénétique, invoqué à tort
et à travers. L'urgence selon Allègre? Lever
l'interdiction des cultures de plantes OGM.
Mais aussi en finir avec les réflexes techno-
phobes qui nous précipiteraient dans la dé-
croissance.

Conseiller scientifique de Claude Bébéar
chez Axa, Daniel Laurent a aussitôt dit oui.

Feferberg-AFP

Lui, c'est l'homme des réseaux: il anime déjà
le think tank de l'Institut Montaigne, où se
retrouve le fleuron du CAC 40. Il sourit bien
un peu de l'emphase d'Allègre, mais cet an-
cien président de l'université de Marne-la-
Vallée adhère au volontarisme affiché. « Sans
doute une affaire de génération, vous savez.
Nous étions l'un et l'autre en classe de math
élém, lorsque les Spoutnik n'étaient qu'une
utopie. Et puis nous avons vu l'utopie tourner
autour du globe... »

La foi d'Allègre en la science n'a pas varié
depuis Gagarine : elle seule, répète-t-il, peut
«réparer» les dégâts infligés à l'environne-
ment. A la condition expresse, ajoute-t-il, qu'on
fiche la paix aux hommes de l'art : les scienti-
fiques et les entreprises. Qui est ce « on » ?
Les citoyens? José Bové? Les militants de
WWF ou de Greenpeace? Non, pour Allègre,
l'ennemi public numéro un des Lumières, du
progrès et peut-être bien aussi des Spoutnik,
c'est toujours Nicolas Hulot et la fondation
qui porte son nom.

Rares sont en effet les interventions où il
n'assaisonne pas l'écolo le plus populaire
de France. Exemples : un «gourou de l'antimo-
dernisme», un «crétin», un «marchand de

