[LES DÉBATS DE L'OBS]

PAGES RÉALISÉES PAR FRANÇOIS ARMANET ET GILLES ANQUETIL

Rémy Gabalda-AFP

Comment résister à la mondialisation néolibérale? Le PS est-il en mesure de
contester la dictature du marché? L'économiste du Parti de Gauche contre-attaque

Vive l'Etat-providence!

par Jacques Généreux

Le Nouvel Observateur. — A lire votre ouvrage, on a froid
dans le dos «La Grande Régression » que vous diagnosti-
quez dans les sociétés modernes serait, selon vous, un formi-
dable bond en arrière, avec même un retour à l'obscuran-
tisme. Ne seriez-vous pas un peu catastrophiste ?

Jacques Généreux. — Je ne crois pas. Mon livre évoque les
perspectives du capitalisme actuel et pointe du doigt les dan-
gers qui nous guettent si nous laissons faire aveuglément les
néolibéraux qui nous gouvernent. Je dis seulement que ce
que nous vivons aujourd'hui, la toute-puissance du monde
de la finance sur les autres acteurs économiques, peut nous
conduire à une impasse et qu'il est grand temps de réagir.
N. O. — Mais Nicolas Sarkozy n'a pas dit autre chose dans
son fameux discours de Toulon...
J. Généreux. — Oui, mais c'était une farce, une gesticulation
berlusconienne. Depuis, il n'a rien fait, bien au contraire.

50 0 LE NOUVEL OBSERVATEUR

Les salariés de
l'équipementier
automobile Molex
de Villemur-sur-
Tarn manifestent
le 14 janvier 2009,
après l'annonce
de la fermeture
du site.

Oublions ce président un moment et examinons l'histoire du
capitalisme. Depuis son apparition, au XIXe siècle, quatre ac-
teurs se partagent le pouvoir de décision : l'entrepreneur,
qui porte un projet industriel, le travailleur, qui y participe,
la collectivité territoriale, qui accorde son espace géogra-
phique, et le banquier, qui prête le capital. Pendant deux
siècles, l'histoire s'est faite autour d'un équilibre précaire
entre ces quatre forces. Or, aujourd'hui, les financiers ont
réussi à devenir les maîtres du jeu. Ils peuvent agir sans en-
traves. C'est un phénomène tout à fait nouveau, même si on
peut retrouver un équivalent avec la crise de 1929, qui a
conduit aux catastrophes que l'on sait : guerres, nazisme, to-
talitarisme. Or le monde de l'après-guerre s'est construit jus-
tement contre ces dérives d'une économie de marché. Les
hommes politiques d'alors ont encadré et contrôlé le monde
de la finance. On a oublié que les prix du pain, des loyers,

