«Il faut à tout prix redonner confiance aux jeunes », dit Jean
Serror, coordonnateur pédagogique de l'E2C Paris.

La méthode est peu ou prou la même dans toutes les E2C. « On
essaie de faire découvrir aux stagiaires qu'ils ont des compétences,
ce dont, la plupart du temps, ils n'ont pas conscience », dit
Alexandre Schajer, ancien chef d'entreprise, passionné de forma-
tion, président du réseau de ces écoles. Pour cela, très vite, on
plonge les jeunes dans le bain professionnel en multipliant les
stages, de préférence dans les secteurs qui embauchent : aide aux
personnes âgées, BTP, ventes... Benjamin, aujourd'hui stagiaire
épanoui à l'E2C de Ris-Orangis, avait été orienté contre son gré en
BEP électrotechnique. Echec. Apparemment, ses stages l'ont bien
regonflé. «J'ai été vendeur dans une boutique de vêtements, ça
marchait super bien. » Et avec un sourire convaincant: «Moi, le
relationnel, ça va. » Charley, qui n'a pas pu passer son CAP de me-
nuiserie pour des problèmes de dos : « j'ai fait un stage dans la po-
lice municipale. Ça m'a beaucoup plu. Je vais essayer de l'integrer »

Des parcours personnalisés

En général, les jeunes ont retrouvé une certaine fierté qui leur
manquait. Un signe : beaucoup n'aiment pas cet intitulé, « école de
la deuxième chance ». Cela sonne comme «jeune en difficulté », dit
l'un d'eux, qui ne se considère plus comme tel. Clé de la réussite :
établir un rapport différent, dans l'école, entre l'adulte et le jeune.
«Au collège, le prof se tournait toujours vers les bons élèves. Ici,
le formateur s'adresse toujours à celui qui risque d'avoir moins
bien compris », s'enthousiasme Sébastien, stagiaire à l'E2C de Ris-
Orangis. Il a adoré que, dès son arrivée, on lui demande : « Qu'est-
ce que vous avez le plus détesté à l'école ? »

La vie quotidienne n'a rien à voir avec celle du collège ou du
lycée. Pas de devoirs à faire à la maison mais ponctualité et pré-
sence obligatoires, 35 heures par semaine, sans laxisme, « comme
dans la vie professionnelle ». C'est responsabilisant. « Si l'on a des
absences injustifiées, notre indemnité est diminuée d'autant», dit
Benjamin. Pas de notes, pas de comparaisons entre les stagiaires
mais des parcours individualisés. Car les lacunes des uns ne sont
pas celles des autres. Certains ne savent plus faire une division ou
une multiplication. D'autres ont un mauvais niveau de français.
Le parcours dure environ neuf mois et il n'y a pas de date de ren-
trée. L'E2C accueille en permanence des nouveaux stagiaires et en
voit d'autres sortir régulièrement. Unanimement, les jeunes louent
une « convivialité» qu'ils n'ont pas toujours connue à l'école. En
fait, cela va beaucoup plus loin que le plaisir d'être avec d'autres
jeunes « On rétablit un sentiment d'appartenance », dit Alexandre
Schajer. Il faut avoir parlé avec des jeunes en difficulté scolaire
pour savoir que ce sentiment-là se perd très vite quand on se sent
largué au collège ou au lycée!

Rendre service aux entreprises

Les E2C ont accueilli 7 800 jeunes en un an. Plus de la moitié vien-
nent des quartiers « politique de la ville ». «Notre dispositif pour-
rait en intéresser 12 000 », estime Alexandre Schajer. En effet, tous
les jeunes déscolarisés ne sont pas mûrs pour saisir cette deuxième
chance. Mais celle-ci ne coûte pas si cher que cela à la société :
7 500 euros, quand un élève de lycée professionnel revient à 11 000 eu-
ros par an. Et puis, comme le dit Olivier Jospin, président de l'E2C
Paris et de la conférence des présidents des E2C, «ces écoles offrent
une réponse éducative et sociale aux jeunes mais, en les orientant
vers des métiers qui peinent souvent à recruter, elles rendent égale-
ment service aux entreprises ». JACQUELINE DE LINARES

18-24 NOVEMBRE 2010 0 57

