Horvath-AFP



Le remaniement, annoncé avant l'été, a débouché,
dimanche, sur la confirmation de Fillon à Matignon. Pourquoi
le président a-t-il constitué un gouvernement dominé par les
ex-RPR? Comment a-t-il laissé filer Borloo? Que veut-il faire
vraiment de cette équipe sans éclat? Récit et analyse

Sarkozy
sans
panache...

La rupture, c'était donc ça ! Un rema-
niement gouvernemental un di-
manche! Une première dans les
annales de la République... Pour le
reste, on la cherche en vain... Le
maintien du Premier ministre après avoir
confié depuis des mois sa volonté de tout
changer? L'omnipotence retrouvée des chi-
raquiens avec notamment le retour au pre-
mier plan d'Alain Juppé, «le meilleur d'entre
nous», comme disait Chirac ? François
Baroin, porte-parole du gouvernement
comme il l'était en déjà en 1995 sous Chirac
et Juppé? Les faits parlent d'eux-mêmes.
Chantre de la «rupture» (avec Jacques
Chirac et sa pratique politique) tout au long

64 0 LE NOUVEL OBSERVATEUR

de sa campagne présidentielle, Nicolas
Sarkozy a rompu avec la rupture. Il a rompu
du même coup avec la « transgression »
dont il s'était fait une marque de fabrique,
comme en témoigne la suppression du minis-
tère de l'Immigration, désormais rattaché à
l'Intérieur, comme c'était le cas autrefois,
ainsi que la disparition de l'intitulé « identité
nationale ». Le président s'est converti aux
vertus de la continuité.

Seule vraie rupture sans doute, mais subie
plus que choisie : le changement institutionnel
que révèle ce remaniement. C'est la première
fois sous la Ve République que la majorité
parlementaire impose, de fait, son choix, la
première fois qu'un Premier ministre s'im-

pose donc ainsi au président
de la République. Depuis
de Gaulle, tous ceux qui
s'y sont essayés, comme
Jacques Chaban-Delmas, s'y
sont cassé les dents. « Une situation inédite»,
commente, avec un art consommé de l'euphé-
misme, un important ministre. « Un bascule-
ment institutionnel intéressant», observe un
autre sur le même ton. «Un renoncement »,
tranche un ancien ministre RPR.

Une séquence de huit mois

«Fillon garde Sarkozy», titrait drôlement
« Libération » lundi matin. Pour la majorité
des commentateurs et des politologues, aucun

