POLITIQUE

dernier. Le paradoxe
de l'affaire est qu'il
s'est empêtré alors qu'il
tentait au contraire de
se donner de l'air. 3) Un
Jean-Louis Borloo hu-
milié dont le départ — et
le panache — a pollué d'emblée l'annonce du
remaniement. 4) La division de la majorité
avec le réveil de la famille centriste.

A force de jouer avec les uns et les autres,
le chef de l'Etat s'est pris dans le nez le cla-
quement de porte de son ex-ministre de
l'Ecologie. La vraie surprise de ce remanie-
ment, c'est celle-là. Pourtant, Sarkozy avait
vraiment, sérieusement songé à lui. Et pas
seulement pour donner l'impression qu'il
disposait d'un autre choix que celui de
François Fillon. Après sa séquence sécuri-
taire fin juillet et début août, il pense avoir
rassuré la droite et l'électorat du Front natio-
nal en renouant avec ses «fondamentaux».
Mais parce que l'électorat modéré est troublé
et qu'il songe aussi à rassembler en vue du
second tour de la présidentielle, Sarkozy es-
time qu'il est temps de donner un signe de ce
côté-là. Il a glissé lui-même à des journalistes
les noms de Bruno Le Maire
et de François Baroin au-
quel il dit « déploie-toi ».

Mais à Borloo, il conseille
de «se préparer». En espé-
rant alors que son ministre
de l'Ecologie se montrera à
la hauteur de l'enjeu. A ce
moment-là, contrairement à
ce que prétendra l'Elysée
deux mois plus tard lorsque
l'hypothèque Borloo sera
levée, le président est
convaincu de la nécessité,
sinon d'un «virage» social,
du moins d'une inflexion.

« Boules puantes »

Las ! Grand favori jusqu'à
la mi-octobre, Borloo s'em-
méle les pieds comme on le
sait dix jours plus tard, au moment de la
crise de l'essence pendant laquelle il com-
mence par disparaître au lieu d'assumer et
d'incarner l'autorité de l'Etat. Au grand dam
de l'Elysée, où il compte, outre le chef de
l'Etat, des soutiens de poids comme Claude
Guéant et Henri Guaino. Principales erreurs
du ministre de l'Ecologie selon plusieurs mi-
nistres : d'abord n'avoir pas compris que
Sarkozy observait à la loupe sa gestion —
jugée «calamiteuse» — de cette crise de l'es-
sence; ensuite avoir joué les médias (déjà sa
force) plutôt que les parlementaires (sa fai-
blesse) auxquels, comble de maladresse, il

66 0 LE NOUVEL OBSERVATEUR

Le centre s'éclate

Dimanche, Jean-Louis Borloo a cla-
qué la porte au nez de Sarkozy.
Lundi soir, il a réuni à l'Assemblée
nationale une soixantaine d'élus centristes
et radicaux de la majorité. Pour quoi
faire? La logique politique voudrait que
sa démission du gouvernement débouche
sur une candidature à l'élection présiden-
tielle de 2012. Mais l'ex-ministre de
l'Ecologie entretient l'ambiguïté sur ses in-
tentions. Malgré ceux qui l'y poussent, il
se garde de toute menace, de toute décla-
ration qui l'enfermerait, qui le contrain-
drait. Comme s'il n'en avait pas vraiment
envie. Comme s'il avait déjà anticipé les
complications à venir. Pour le moment, il
cherche à «construire et développer un
pôle d'équilibre qui sera nécessaire à la
majorité présidentielle», explique son ex-
secrétaire d'Etat Valérie Létard, élue du
Nord, comme lui.
La famille centriste, de fait, n'est pas sim-
ple à rassembler. D'abord, surtout, il y a
François Bayrou, le président du MoDem,

promet un Grenelle de la fiscalité! Eux qui
avaient déjà eu du mal à digérer le Grenelle de
l'environnement s'en étranglent; enfin, avoir
donné une impression de «fébrilité» alors
qu'on le souhaitait serein et rassurant. Entre-
temps, Fillon en a profité pour reprendre

GRAND FAVORI JUSQU'À
LA MI-OCTOBRE, BORLOO
S'EMMÊLE LES PIEDS DIX
JOURS PLUS TARD AU MOMENT
DE LA CRISE DE L'ESSENCE.

bien décidé à se présenter et qui a préem-
pté la place et le discours de l'opposant de
la droite modérée. Ce dernier raille déjà le
manque d'« indépendance » de ces cen-
tristes qui se situent « dans la majorité» et
surtout «dans l'UMP ». Il y a ensuite l'ex-
ministre de la Défense Hervé Morin, pré-
sident du Nouveau Centre, qui, lui, ne fait
pas mystère de vouloir se présenter en
2012. S'il y parvient. Lui aussi a réuni dès
lundi les cadres et élus de son parti et en-
joint Borloo à très vite quitter l'UMP pour
aider à la «clarification politique». Bref,
un paysage éclaté et des rivalités déjà
bien installées.

L'enjeu de cette bataille : l'ancienne UDF,
que Borloo et Morin cherchent, chacun à
sa manière, à rassembler. Une UDF en
déshérence depuis que Bayrou en avait
abandonné l'étiquette pour mieux rouler à
gauche. C'est ainsi qu'il faut comprendre
la présence lundi soir de l'ancien Premier
ministre Jean-Pierre Raffarin, entré dans
la vie politique sous les auspices de Valéry
Giscard d'Estaing, fonda-
teur de l'UDF en 1978.
Borloo «va faire comme
Michel Rocard avec
Mitterrand, espère un
proche de Nicolas
Sarkozy. Lui ramener des
voix pour gagner ses ga-
lons de Premier ministre
en 2012 ». Peut-être. A
l'Elysée, en tout cas, où
l'on n'oublie pas que l'ob-
jectif de Sarkozy est d'ar-
river en tête des candidats
au premier tour, on prie
très fort pour qu'il ne soit
pas candidat. C. B.

Medina-AFP

l'avantage en multipliant les
mises en garde contre un
«changement de cap » dont les députés UMP
ne veulent à aucun prix. Et en distillant ce que
Borloo qualifie de «boules puantes» sur son
compte. La presse n'a-t-elle pas rapporté que
le Premier ministre l'avait traité de «zozo»
entre autres amabilités sur son style et son
mode de vie ? Début novembre, pour Sarkozy,
son sort de premier-ministrable est scellé. A
regret.
Retour donc à Fillon. Retour au classique,
au sérieux, aux valeurs sûres. Adieu à la
société civile, à l'ouverture, à la diversité
visible. Fini les « castings » médiatiques.
Sarkozy veut des pros: the right man in

