POLITIQUE

Au prix aussi de re-
culs idéologiques très
symboliques que tra-
duisent par exemple le
retour du secteur de
l'énergie dans le giron
du ministère de
l'Industrie. Après l'enterrement de la taxe
carbone, exit le grand ministère de l'Ecologie
dessiné en 2007. Promue numéro trois du
gouvernement, Nathalie Kosciusko-Morizet
aura fort à faire pour rassurer les écolos.
«L'énergie va redevenir une variable d'ajus-
ternent de politiques productivistes », ont aus-
sitôt déploré Greenpeace et Nicolas Hulot,
qui agite à nouveau la menace d'une candi-
dature en 2012. «Double dépeçage », regrette
l'ancienne ministre de l'Environne-ment
Corinne Lepage, qui relève aussi le rattache-
ment de la mer au ministère de l'Agriculture.

La dimension d'homme d'Etat

Même remarque pour ce qui concerne
l'identité nationale. Destiné à séduire l'électo-
rat du Front national et les couches popu-
laires, ce thème avait été l'un des marqueurs
de la campagne du candidat UMP en 2007.
Un marqueur fort, générateur de polémiques
entre intellectuels, historiens et politiques. A
l'occasion de ce remaniement, Sarkozy aurait
pu, comme l'avaient suggéré il y a trois ans
quelques intellos, décider d'accoler l'identité
nationale au ministère de l'Education ou à
celui des Affaires sociales. Une initiative qui
aurait, selon les mêmes, donné un signe dans
le sens d'une volonté d'intégration. Mais

PROMUE NUMÉRO TROIS DU
GOUVERNEMENT, NATHALIE
KOSCIUSKO-MORIZET
AURA FORT À FAIRE POUR
RASSURER LES ÉCOLOS.

non. Depuis le tollé suscité à droite et à
gauche par le débat artificiel qu'il avait
voulu initier avant les élections régionales Mauvais augure?

Défense : quand Juppé pilonnait Sarko

Alain Juppé va devoir assumer une
politique de défense qu'il critique
depuis trois ans. Dès le 19 novem-
bre, au sommet de l'Otan de Lisbonne, au-
quel il doit participer au côté de Nicolas
Sarkozy, le nouveau ministre sera particu-
lièrement mal à l'aise. Il s'est toujours dit
très réservé sur la réintégration de la
France dans le commandement de
l'Alliance telle qu'elle a été négociée par
l'Elysée. « Un marché de dupes», affirmait-
il en juin 2008. Deux ans plus tard, dans
une interview à la revue « Défense », il tirait
toujours un bilan négatif : «je ne suis pas
sûr qu'on ait gagné à perdre notre position
originale. » D'autant, ajoutait-il, que, malgré
les promesses de Nicolas Sarkozy, «il n'y a
pas eu d'avancement sur le plan de l'Europe
de la Défense».
Autre couleuvre: Nicolas Sarkozy a fina-

70 0 LE NOUVEL OBSERVATEUR

lement dit oui à une participation de la
France au projet américain de bouclier
antimissile, qui devrait être adopté à
Lisbonne. Dans son entretien à « Défense »,
le maire de Bordeaux déclarait: «Il faut y
regarder à deux fois avant de s'engager
dans ce dispositif.» A la ri-
gueur, il acceptait un bouclier
limité aux «zones de théâtre»
militaire ou à «quelques sites
particulièrement sensibles»,
mais pas une défense antimis-
sile couvrant l'ensemble du
territoire. Or c'est celle-là qui
va être adoptée au sommet de
l'Otan.

Sur l'Afghanistan, le nouveau ministre de
la Défense s'est montré plus que réticent à
une poursuite de l'engagement militaire
français. « C'est un bourbier terrible, une

Guay-AFP

dans tout le pays autour de ce concept,
Sarkozy a décidé, dit-on dans son entourage,
qu'il était «trop clivant». Ce qui était pour-
tant l'objectif recherché. Exit donc purement
et simplement l'intitulé « identité nationale ».
Quitte à déboussoler l'électorat souverainiste
et populaire sans rien gagner du côté des
modérés et des centristes remontés comme
jamais.

Qu'importe, pense-t-on à l'Elysée, où l'on
préfère relever la faiblesse de la gauche qui
n'a guère profité de l'hostilité à la réforme
des retraites. Avec Fillon à Matignon et Copé
à l'UMP, expliquent ses proches, Sarkozy va
pouvoir se consacrer aux affaires internatio-
nales et peaufiner sa dimension d'homme
d'Etat. Après le sommet de l'Otan à
Lisbonne cette semaine, il se rendra en Inde
début décembre, puis en Ethiopie et en
Afrique du Sud. Il y a surtout le G20, dont
Nicolas Sarkozy a pris la présidence la se-
maine dernière à Séoul. Compte tenu de l'at-
titude des Etats-Unis, il n'en escompte pas
vraiment de résultats concrets et a pris soin
de le dire clairement. Mais il espère au moins
demeurer celui qui aura jusqu'au bout dé-
fendu l'idée d'une nécessaire régulation fi-
nancière. A défaut d'obtenir des résultats, il
prendra une posture.

Peut-être eût-il alors fallu commencer à la
dessiner d'emblée. Vendredi dernier, il était
tellement pressé d'en fnir avec le feuilleton du
remaniement qu'il a séché le dîner de clôture
du G20 à Séoul. La séquence internationale
commence par un impair diplomatique.
CAROLE BARJON

impasse», disait-il en juin. Il ne voyait pas
comment rester pour conforter le régime
corrompu du président Karzaï. Nicolas
Sarkozy, lui, n'a pas annoncé de calendrier
de retrait. Enfin, en octobre 2009, le maire
de Bordeaux s'est singularisé à droite en
signant un appel de Michel Rocard pour
«un monde sans armes nucléaires », alors
que l'Elysée a, lui, milité contre le projet
Global Zero soutenu par
Obama. Quelques mois
plus tard, en mai, Alain
Juppé a fait un peu
marche arrière, en affir-
mant qu'il croyait tou-
jours à ce rêve mais que,
pour la France, le mo-
ment du désarmement
atomique n'était «pas venu». Est-ce parce
que, depuis les accrochages entre Nicolas
Sarkozy et Hervé Morin, il savait le poste
de la Défense bientôt libre ?
Vincent Jauvert

Tucat-REA

