POLITIQUE

Révélations

Karachi : Sarkozy a-t-il voulu
étouffer l'affaire ?

Le chef de l'Etat a-t-il été victime d'un maître chanteur qui le menaçait de révéler les
coulisses du financement de la campagne présidentielle de 1995 et les vraies causes de
l'attentat de Karachi ? A l'Elysée, on parle de délire... le juge Van Ruymbeke en est moins sûr

Renaud Van Ruymbeke attendait ce
moment depuis si longtemps. Face
à lui, ce 9 novembre, Gérard-
Philippe Menayas, ancien direc-
teur administratif et financier de
la DCNI, la branche commerciale de la
Direction des Constructions navales. Cet élé-
gant retraité de 63 ans qui
coule des jours paisibles sur
les bords de la Marne, dans la
région parisienne, n'est pas
un inconnu pour lui. Le juge
Renaud Van Ruymbeke a
déjà croisé sa route. C'était
dans une autre vie, il y a une
dizaine d'années, à l'époque
de son enquête sur la corrup-
tion liée à la vente de six fré-
gates françaises à Taïwan. Le
magistrat avait alors fait
chou blanc. Il s'était heurté
au mur infranchissable du se-
cret-défense. Ce haut fonc-
tionnaire aux allures de lord
anglais était placé au cœur
de tous les secrets sur les
ventes d'armes françaises. Il
avait su tenir sa langue.
Dans son entreprise, il était
plus particulièrement chargé
de gérer les intermédiaires,
ces fameux «agents» de
l'ombre payés pour corrom-
pre politiques, militaires et fonctionnaires des
pays cibles. Un poste éminemment sensible.
Cette fois, le juge l'entend dans le cadre d'une
instruction parallèle à celle de l'attentat de
Karachi (1), menée par son collègue le juge
anti-terroriste Marc Trévidic. Depuis le 7 oc-
tobre, Renaud Van Ruymbeke enquête sur
des délits d'« entrave à la justice » et de «faux
témoignage» liés à l'affaire de Karachi.
Traduction : il soupçonne l'état-major de la


76 0 LE NOUVEL OBSERVATEUR

DCN, mais aussi les plus hauts représentants
de l'Etat, d'avoir soustrait des documents au
magistrat instructeur. L'objectif ? Empêcher
la justice de dévoiler un réseau de rétrocom-
missions qui auraient servi à financer la cam-
pagne présidentielle d'Edouard Balladur en
1995. Au cœur de ce réseau, un nom apparaît


Jean-Marie Boivin et le mail du 4 décembre 2006 qu'il
a envoyé à jacques-Philippe Marson dans lequel est
évoqué Me Arnaud Claude. L'associé de Sarkozy.

de plus en plus dans le dossier,
celui de Nicolas Sarkozy.
Depuis des mois, Olivier
Morice, l'avocat des familles
des victimes de l'attentat,
clame haut et fort que
le président de la
République «est au
cœur de la corrup-
tion» et qu'il aurait

joué un rôle central dans le dossier. En parti-
culier en cherchant à étouffer l'affaire par
tous les moyens ? C'est aussi la grave accusa-
tion que portent deux filles de victimes,
Magali Drouet et Sandrine Leclerc, dans
un livre-témoignage (2). Or le juge Van
Ruymbeke prend leur thèse très au sérieux.
Depuis deux mois, dans la
plus grande discrétion, il ac-
cumule les documents, mul-
tiplie les perquisitions, au
siège de la DCN mais aussi
au ministère du Budget.
Sans tapage, il a fini par
reconstituer une étrange et
sulfureuse histoire qu'il pré-
sente à Gérard-Philippe
Menayas et qui pourrait
bien connaître des rebondis-
sements explosifs. Un
roman noir des
pots-de-vin avec
tous les ingré-
dients connus :
montages finan-
ciers labyrin-
thiques, officines
barbouzardes,
corruption
à tous

Dugit-MaxPPP


