ANCIENS COMMUNISTES, VÉTÉRANS DE LA DS ET LEURS
HÉRITIERS CONTINUENT DE PROSPÉRER
DANS UN PAYS OÙ LE SMIC EST À 110 EUROS.

en France. L'« opération Bobov Dol» est
un succès éclatant.

Mais Fredy, Peter et Dimitar ne se conten-
tent pas d'évoquer leurs souvenirs d'anciens
combattants. Près de vingt ans après la chute
du communisme, les archives de la DS se sont
enfin ouvertes sous la pression de l'Union eu-
ropéenne qui, en janvier 2007, accueille la
Bulgarie. Or, surprise, le dossier Bobov Dol a
disparu. «Ils ont effacé les traces de leurs
échecs », assure Dimitar. Comme si la DS vou-
lait entretenir le mythe de sa toute-puissance :
elle entend tout, sait tout, contrôle tout et
n'échoue jamais. Impossible également de sa-
voir qui se cache sous le pseudonyme de
l'agent « Vitorio » qui espionnait les dissi-
dents en France, dont ils ont retrouvé les
traces dans les archives. Peter aimerait bien
aussi connaître les plans de l'opération qui
prévoyait sa « neutralisation » à Marseille, où
il vit. Mais, là encore, rien dans les archives.
Pour ne pas perdre l'un de leurs derniers
combats, celui pour la mémoire, Peter, Fredy
et Dimitar décident de lancer un site internet
dédié à la résistance au communisme. Car les
trois amis en sont persuadés : « ils » sont tou-
jours là. Ainsi, Tchavdar Tchernév, le lieute-
nant de la DS chargé à l'époque du dossier
Boyadjiev, a été promu général après la fin du
communisme, puis est devenu chef de la po-
lice de Sofia et enfin millionnaire.

Des dossiers absents des archives

La police postcommuniste va poursuivre
tous ceux qui remuent un peu trop un passé
encore dérangeant. Ainsi, six ans après la
chute du rideau de fer, Fredy a été arrêté, en-
chaîné à un radiateur par la police, sans
aucun motif déclaré et, au prétexte de sa na-
tionalité française, refoulé manu militari à
l'aéroport de Sofia. En 2006, Peter, lui, était
empêché de quitter le pays. Et, après avoir
adressé une note de synthèse confidentielle
sur la mafia rouge à Nicolas Sarkozy, alors
ministre de l'Intérieur, Peter recevait un coup
de fil anonyme de menaces : «Arrête tes
conneries! Sinon... » A l'ouverture des ar-
chives, on a découvert que même l'actuel pré-
sident, Gueorgui Parvanov, issu du Parti
socialiste bulgare (PSB, ex-communiste) était
un ancien agent de la DS. Mais il n'a pas dû
démissionner. Car, contrairement à d'autres
pays d'Europe de l'Est, la loi sur les archives,
en Bulgarie, ne prévoit pas de « lustration », la

mise à l'écart d'office des ex-agents de la
Sécurité. Petko Simeonov, qui fut longtemps le
numéro deux de l'opposition démocratique
« anticommuniste », explique pourquoi :
«Après la chute du mur de Berlin, la structure
du pouvoir communiste n'a pas été démante-
lée. Même quand l'opposition (les «Bleus ») a
pris le pouvoir, les décisions ont continué de se
prendre conjointement avec les “rouges” au
cours de réunions de ce que j'appellerai un
“bureau politique multicolore”. Difficile dans
ces conditions d'évoquer une lustration. »
Enormes 4x4 et grosses limousines aux vi-
tres fumées, casinos, restaurants de luxe et ca-
barets de striptease: anciens communistes,
vétérans de la DS et leurs héritiers continuent
de prospérer dans le pays le plus pauvre de
l'Union européenne, où le smic est à 220 leva
(110 euros), où les retraités vivent souvent
avec moins de 100 euros par mois. Le Parti so-
cialiste a été rebaptisé par certains le «club
des millionnaires». Il affiche insolemment son
slogan dans les rues de Sofia, «Nous re-
voilà! », tout en plafonnant à 12% des suf-
frages aux élections. En Bulgarie, le scénario
de la perestroïka («restructuration»),
concocté dans les laboratoires du KGB, a

18-24 NOVEMBRE 2010 0 81

Petrova-AFP

