MONDE

Vers un vote de défiance?

Le crépuscule de Berlusconi

Lâché par Gianfranco Fini, son principal allié, éclaboussé par les scandales, discrédité, le président
du Conseil paraît cette fois en bout de course

De notre correspondante
à Rome

Il y a quelque chose de pathétique
dans le crépuscule du «Divo ».
Ravagé par l'embonpoint, bourré
d'acide hyaluronique, maquillé
comme une cocotte, de plus en
plus grotesque avec ses faux cheveux
collés au sommet du crâne et son allure
de clown titubant, Silvio Berlusconi (ou
« Burlesconi ») n'arrive pas à admettre
que son temps est fini, et qu'il serait op-
portun de plier bagage avant d'être of-
ficiellement remercié par le Parlement.
«Fini-Brutus a poignardé Berlusconi-
César, mais ce dernier ne veut pas le re-
connaître, malgré le sang qui s'écoule
de sa poitrine», commente le polito-
logue Iginio Ariemma. On en est là.

Gianfranco Fini (Brutus) a effective-
ment poignardé César, le 7 décembre
dernier, au moment du lancement de
son nouveau parti, Libertà' e Futuro,
par ce constat sans équivoque : ce gou-
vernement «ne sent plus le pouls du
pays», il « vit au jour le jour» dans une
véritable «banqueroute politique», il faut
donc penser dorénavant en termes de « post-
berlusconisme ». Le deuxième coup de poi-
gnard a été porté lundi avec la démission des
quatre ministres partisans de Fini. Le troi-
sième sera le vote, dans la première quinzaine
de décembre, d'une motion de défiance après
l'approbation de la loi de finances 2011. Tous
les analystes sont d'accord : l'ère du « popu-
lisme berlusconien», qui dure depuis seize
ans, est révolue. Même s'il faudra encore du
temps — quelques jours, quelques semaines
ou quelques mois — avant qu'il y soit vraiment
mis le point final. Car le système parlemen-
taire italien, démocratique mais complexe et
avec une dose de machiavélisme, impose une
lente agonie aux gouvernements en souf-
france. Tout en préservant une certaine im-
prévisibilité.

C'est pourquoi Silvio Berlusconi a décidé de
continuer de s'accrocher. En faisant mine
d'ignorer le désamour, le désenchantement,
voire la rancœur d'un électorat qui lui avait

84 0 LE NOUVEL OBSERVATEUR

MALGRÉ LES ATTAQUES,
LE CAVALIERE A SU
CONSERVER UNE
« CLIENTÈLE DE COURTI-
SANS » QUI CONSTITUE
SON SOCLE ÉLECTORAL.

pourtant offert une victoire foudroyante en
2008. En faisant semblant de croire que les
sondages (qui donnent son parti à 26%, et la
confiance des Italiens dans son gouverne-
ment à 32%, selon le «Corriere della Sera»
du 13 novembre) sont truqués. En se disant
victime des pires ragots et d'une invraisem-
blable campagne de manipulation. Or il est
exact que le Cavaliere n'a jamais été aussi
isolé. Il y a d'abord la fronde des «pouvoirs
forts» : les grandes banques et la
Confindustria, le patronat italien, lui ont retiré
leur confiance, comme les grands journaux,
tel le « Corriere della Sera », quotidien de l'es-

tablishment. L'Eglise catholique, fati-
guée par ses frasques sexuelles, clame
désormais publiquement son rejet de
la vie dissolue du président. Il arrive
aussi que Silvio Berlusconi soit humi-
lié, comme lors de sa dernière visite en
Vénétie et dans les Abruzzes, où il
s'est fait siffler deux jours de suite.
Même le ciel semble s'être retourné
contre lui, avec ces inondations au
nord puis au sud de la Péninsule, ou
l'écroulement de la maison des
Gladiateurs à Pompéi.

Silvio Berlusconi voit ainsi monter
l'étoile de son successeur-killer :
Gianfranco Fini, 58 ans, brillant chef
d'une nouvelle droite débarrassée du
populisme. Le président de la
Chambre des Députés a habilement
tissé sa toile : le voici à la tête d'un
mouvement crédité de 18% à 20% des
suffrages. Un score qui le placerait en
position d'arbitre entre la gauche et les
berlusconiens, en cas d'élections anti-
cipées.

Pour autant, Silvio Berlusconi a-t-il
une possibilité de rebondir une fois en-
core ? L'hypothèse d'une nouvelle coalition
paraît exclue. Car aucun autre grand parti
n'accepterait aujourd'hui de s'allier au
Cavaliere. Celle d'un gouvernement technique
à durée limitée — le temps de modifier la loi
électorale au profit du parti majoritaire — ne
semble guère plus probable. Reste un dernier
scénario. Le président du Conseil italien peut
convoquer des élections législatives antici-
pées. Malgré les attaques dont il est l'objet,
l'homme, après tant d'années, a su conserver
un socle électoral, ce que le directeur du quo-
tidien « Europa », Stefano Menichini, appelle
sa «clientèle de courtisans ». Surtout, il béné-
ficie d'une loi électorale insensée qui, sous
prétexte de favoriser l'émergence d'une majo-
rité, accorde plus de la moitié des sièges à la
formation arrivée en tête, quel que soit son
score. Pour l'heure, au vu des sondages, son
parti, avec 26% des intentions de vote, conti-
nue de distancer ses rivaux. Le crépuscule du
Cavaliere pourrait donc durer encore long-
temps. MARCELLE PADOVANI

Solaro-AFP

