[EUROPÉENNES]

CRISE FINANCIÈRE

L'Europe au secours de l'Irlande

La crise irlandaise a probablement mis
fin aux ambitions de l'Allemagne
pour la présidence de la Banque centrale
européenne. Tout a commencé il y a six
mois avec un duel opposant Jean-Claude
Trichet, archétype du haut fonctionnaire
français, à Axel Weber, parangon des cer-
titudes teutonnes. Pomme de discorde : la
décision de Trichet, patron de la BCE, de
racheter, en pleine crise grecque, des obli-
gations souveraines et des titres de la
dette des banques des pays en difficulté
de la zone euro.

Pour Trichet, cette entorse au tabou de la
politique monétaire était le seul moyen de
détendre les taux d'intérêt, donc d'empê-
cher la faillite de la Grèce, de l'Espagne ou
du Portugal, contraints, au fil des
échéances, de s'endetter à des taux de
plus en plus élevés. La situation de
l'Irlande, obligée à son tour d'emprunter à
9% pour rembourser son déficit abyssal
(32% de son PIB !), lui donne raison. Alors
que la déflation menace l'Europe, Trichet
était convaincu aussi que cette injection
de liquidités pouvait contribuer à stimu-
ler l'encéphalogramme désespérément
plat de la croissanœ. La quasi-stagnation
de la zone euro (+ 0,4% au dernier tri-

TURQUIE

mestre) justifie cette option qui est aussi
celle des Etats-Unis.
« Sacrilège », rétorquait Alex Weber, prési-
dent de la Bundesbank, brandissant le
risque d'inflation. Or, le traité instituant
l'euro fait de la BCE et de son président
le gardien de la stabilité monétaire. La po-
sition de Weber exprimait l'intime convic-
tion de ses concitoyens : comme les
fourmis de la fable, les contribuables
allemands ne veulent pas payer — via le
retour de l'inflation — pour le laxisme
des cigales grecques ou espagnoles.
Seulement voilà, cette indifférence à
l'économie réelle — naguère le sauve-
tage de la Grèce, aujourd'hui le ren-
flouement de l'Irlande, assise sur un
baril de poudre — traduit aussi une
méconnaissance des règles commu-
nautaires : si la BCE décide collégia-
lement, elle ne parle que d'une seule
voix, celle de son président qui en-
gage les seize gouverneurs de la zone
euro. Un détail oublié par Axel
Weber. Du coup, son propre camp le
lâche.

AFP

L'« ayatollah de l'euro fort » a-t-il, du même
coup, «grillé sa candidature» à la prési-
dence de la BCE alors que sa nomination
en novembre 2011, lors du départ de
Trichet, semblait jusque-là acquise ?
L'engagement pris, en marge du G20,
par les cinq principaux argentiers de la
zone euro (dont l'Allemand Wolfgang
Schäuble), d'apporter leur soutien à
l'Irlande est un désaveu de la stratégie du
chacun pour soi prônée par Alex Weber.
La BCE a repris ses opérations de rachat
de la dette irlandaise. Le Fonds européen
de stabilisation financière pourrait aussi
intervenir.
Jean-Gabriel Fredet

Istanbul, capitale européenne

Istanbul est une ville européenne. Avec sa civilisation, sa population,
son passé, son futur, elle a toujours tourné son visage vers
l'Europe» : en donnant le coup d'envoi d'un an de manifesta-
tions artistiques accompagnant son accession au statut de « ca-
pitale européenne de la culture», le Premier ministre turc
Recep Erdogan a réaffirmé la vocation de la Turquie à être
membre de l'UE, alors que seuls 38% de ses compatriotes sont
favorables à cette adhésion.

86 0 LE NOUVEL OBSERVATEUR

Forman/AFP

PAUVRETÉ
La cote d'alerte

Le nombre des ménages européens
basculant dans la pauvreté (avec un
revenu inférieur de 50 ou de 60% au
revenu médian, qui divise la popula-
tion d'un pays en deux parties
égales) explose. Principaux
touchés : les pays de l'est et du sud
de l'Union. Avec un taux de pau-
vreté de 13%, la France compte
7,8 millions de personnes vivant
avec moins de 60% du revenu mé-
dian (2 000 euros par mois pour une
famille de deux enfants).

ROYAUME-UNI

Chômeurs,
au boulot !

Après la hausse des
droits d'inscription
universitaire et la
mise des allocations
familiales sous condi-
tion de ressources, le
gouvernement Cameron veut obliger
les chômeurs britanniques à exécuter
des travaux d'intérêt collectif pendant
quatre semaines à raison de trente
heures par semaine. Les réfractaires
perdront le bénéfice de leur allocation
chômage. Objectif : «Briser l'habitude
du chômage» et alléger d'autant les
coûts de l'Etat providence.

AFP

