ECONOMIE


La crise a failli tuer le gorille de Detroit. Sauvé in extremis par l'Etat
américain, le constructeur automobile, restructuré, s'apprête à sortir un modèle
électrique révolutionnaire, la Volt, et à revenir en Bourse

Le grand retour de
General Motors

De notre correspondant
aux Etats-Unis

Commençons par une confidence :
en plein cœur de Manhattan, les
deux mains sur le volant, on a
failli se manger un piéton. Ce
n'était pas de sa faute ni de la
nôtre : notre voiture était silencieuse. Pas un
bruit à l'intérieur, on se serait cru dans l'une
de ces Rolls dont on nous racontait, enfant,
qu'on y entendait le tic-tac de l'horloge de
bord... Mais pas un bruit non plus à l'exté-
rieur. Pour alerter le piéton, il a suffi de tirer
sur le levier à gauche du volant, comme pour
un appel de phares. La voiture a émis un bruit
de cricket asthmatique, et le piéton new-
yorkais a découvert in extremis l'existence de
la Chevrolet Volt !
La fameuse berline électrique de General
Motors, qui sera en vente le mois prochain aux
Etats-Unis, est plus qu'un miracle de technolo-
gie. Plus que le symbole même du redresse-
ment de GM. C'est une métaphore : la fierté
retrouvée de la plus américaine des grandes
marques américaines, au moment où le groupe
que l'on donnait moribond, il n'y a pas deux
ans, fait un retour triomphal en Bourse. GM is
back ! Et comment : entre 2005 et son passage
sous la loi des faillites, en 2009, le groupe avait
perdu près de 90 milliards de dollars; sur les
neuf derniers mois, il en a gagné plus de qua-
tre. Une autre comparaison, encore plus frap-
pante : dans les trois mois précédant sa mise

en restructuration, GM perdait 4 000 dollars
sur chaque véhicule produit en Amérique du
Nord; aujourd'hui, il en gagne plus de 3 000...

Mais revenons à notre Volt. Après avoir ap-
puyé sur le bouton de démarrage, il faut vrai-
ment tendre l'oreille pour s'assurer que le
moteur ronronne. Une légère pression sur l'ac-
célérateur, la berline bondit toute en souplesse.
La grande innovation, c'est la batterie qui per-
met de marcher au tout-électrique pendant
une soixantaine de kilomètres avant qu'on ne
la recharge, ou que l'alimentation en essence
prenne le relais, pour une autonomie totale de
près de 500 kilomètres. Derrière son air banal,
la Volt est un ovni technologique. Sur les
soixante premiers kilomètres, quand elle fonc-
tionne au tout-électrique, elle n'utilise pas plus

que l'énergie nécessaire à faire fonctionner un
sèche-cheveux pendant quinze minutes. Pas
mal, pour une carcasse de deux tonnes! La
performance se niche aussi dans la logis-
tique : comme il était impossible de construire
une usine pour une voiture qui ne sera pro-
duite qu'à une soixantaine de milliers d'exem-
plaires en régime de croisière, la Volt est
fabriquée sur une chaîne de Détroit, au milieu
d'autres véhicules « normaux » du groupe.
«Cela nous a obligés à rester flexibles et à in-
tégrer très en amont l'équipe de la Volt dans la
production. Du coup, il n'y a pas eu de mau-
vaise surprise majeure», raconte Teri Quigley,
la directrice de l'usine en question.
Le plus étonnant, ce sont les réactions que
suscite cette Volt, tout de même pas donnée :
41 000 dollars (mais seulement 33 500 dollars,
soit 24 500 euros, si l'on tient compte du crédit
d'impôt). La séduction est quasi générale, y
compris dans les milieux qui débinent le sau-
vetage de GM et Chrysler par le contribuable
américain. «Nous devrions mettre de côté notre
rancœur et savourer un peu de fierté américaine,
écrit, lyrique, un journaliste du “Wall Street
Journal”. Une bande d'ingénieurs du Middle
West, avec leurs coupes de cheveux ratées et leurs
montres bon marché, a tout simplement battu tous
les autres fabricants automobiles de la planète. Et
ils l'ont fait en vingt-neuf mois, tandis que l'entre-
prise pour laquelle ils travaillaient s'effondrait.
C'était carrément héroïque. Quelqu'un devrait en
faire un film.» Pour Xavier Mosquet, senior
partner du Boston Consulting Group, qui a

Pugliano-Getty Images/AFP

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