cense 185 visites — 77% liées aux troubles
psychosociaux — contre 97 deux ans plus tôt.
4 janvier 2010, fin du suspense. Enfin...
façon de parler. Chacun reçoit sa lettre de po-
sitionnement (sic) « qui nous affectait à un ser-
vice mais sans préciser ce que nous allions y
faire», raconte une em-
ployée. Selon le « fonction-
nogramme » (re-sic) de
270 pages, les salariés ne
sont plus liés à une chaîne
mais à une grande fonc-
tion. Exemple, tous les ju-
ristes sont réunis. Pareil
pour les informaticiens,
les gestionnaires... On re-
proche aux consultants
d'avoir plaqué une organi-
sation faisant fi des spécificités de la télé. «Il
y a une part de vrai, juge Patrice Papet, mais
c'est aussi qu'on leur avait passé cette com-
mande-là et qu'on les a peut-être un peu trop
écoutés. » Là où il faudrait du temps, ménager
des étapes, Patrick de Carolis les brûle, pressé
par la fin de son mandat et l'obligation de si-
gner une nouvelle convention collective le
7 juin (échéance repoussée par la justice).

Les situations baroques foisonnent. «je
reste à côté de mon ancienne chef à qui je ne

suis plus rattachée, témoigne cette salariée.
Ma nouvelle hiérarchie est quatre étages plus
haut, dans une autre aile. Je suis restée cinq se-
maines sans rien faire. On m'avait... ou-
bliée ! » Les déménagements sauvages se
multiplient pour éviter de courir d'un site à
l'autre. Au local de la CFDT,
Marie-Laurence Gressier
voit défiler «des gens en
larmes : “je ne veux plus..
je ne veux plus. ”» Début
septembre, un rapport du
Cedaet (Conseil, Etude et
Développement appliqués
aux Entreprises et aux
Territoires) pour le comité
d'hygiène, de sécurité et des
conditions de travail confir-
me les craintes qui surgissaient, y compris
chez les proches de Carolis... en pire. «On est
dans le tunnel et on ne voit que des non-sens
et de la perte de temps et d'énergie», y té-
moigne un cadre. Au service gestion, cinq sa-
lariés travaillaient sur le même dossier sans le
savoir. Ce manager — comme bien d'autres —
cumule ancien et nouvel emplois, soit trois
réunions en même temps.

A la paie, c'est le grand blues. Terminé ce
contact direct qui faisait l'intérêt du job : ré-

soudre des problèmes de règlement, d'avances,
etc. Ne reste plus que la fonction gratte-papier.
Les uns frôlent le burn out, tant ils croulent
sous le boulot; d'autres, désœuvrés, se per-
suadent qu'on cherche à les évincer. Les deux
se tournent vers les ressources humaines, dé-
bordées. Pompon des pompons : les logiciels
de paie, de planification, de gestion des stocks,
etc., des différentes chaînes ne sont pas com-
patibles. Consulter les sommaires des JT de
France 2 et France 3 nécessite... deux ordina-
teurs. Les politiques s'insurgent contre la ga-
begie, en voyant plusieurs équipes à leurs
conférences de presse. Mais, vu les manipula-
tions nécessaires, un sujet filmé à 11h30 par
une seule caméra ne serait pas prêt pour une
diffusion sur les deux chaînes à 13 heures.

Impossible d'accélérer, d'annoncer une stra-
tégie tant que le moteur est aussi grippé.
Alors, Rémy Pflimlin a décidé de redonner
une autonomie aux chaînes. Et là, certains ca-
dres qui s'étaient escrimés à vendre la réor-
ganisation voient rouge, comme celui-ci,
encore récemment pro-Pflimlin : «On rouvre
la boite de Pandore. Les équipes ont bougé en
râlant. Alors, rétropédaler au coup de sif-
flet... Pas sûr que j'ai assez d'énergie pour
m'y remettre. » Les déçus deviennent des op-
posants. VÉRONIQUE GROUSSARD

18-24 NOVEMBRE 2010 0 95

Simon-Sipa
