[ÉCONOMIE]

TROIS QUESTIONS À OLIVIER PASTRÉ, ÉCONOMISTE

G20 de Séoul : un demi-échec

Le Nouvel Observateur. — le 9 novembre,
dans «le Monde», vous annonciez que le G20 de
Séoul était un «sommet de tous les dangers» :
soit il debouchait sur de vraies avancées, soit il
risquait de disparaître au profit d'un G9 (G8 +
Chine) moins satisfaisant. Quel bilan en tirez-vous
finalement?

Olivier Pastré. — Je dirais
qu'il s'agit d'un demi-échec.
Côté positif, les chefs d'Etat
ont accepté de se parler des
monnaies. Même s'ils n'ont
rien décidé de concret, c'est
tout de même à mettre au
crédit du G20, et cela va dans
le bon sens. Côté négatif,
nous n'avons constaté aucune
avancée sur les réformes né-
cessaires dans le domaine fi-
nancier. Rien n'a vraiment bougé sur les
agences de notation, l'encadrement des mar-
chés de gré à gré, des produits dérivés, des
hedge funds (fonds spéculatifs), des normes
comptables... Les gouvernements qui n'arri-
vent pas à s'entendre sur ces sujets financiers
se sont donné d'autres sujets de discussion,
dont cette question des monnaies. Mais le
risque c'est qu'un sujet chasse l'autre sans
qu'aucun soit traité.

N. O. — Vous plaidez pour la mise en place d'un se-
crétariat du G20. Il n'en a pas été question à Séoul.
Est-ce aussi un signe d'échec ?

O. Pastré. — Sur le plan institutionnel, si l'on
veut que le G20 ait une existence pérenne, il
faut l'équiper, le doter d'une structure même
légère. Pour l'instant, c'est le FMI qui récupère
les missions. Le problème, c'est que ni les
Etats-Unis ni la Chine n'ont envie d'avancer

PRIX BFM BUSINESS

sur ce sujet. la France aura donc du mal à
l'obtenir, même si elle y est plutôt favorable.
Compte tenu de la position de la Chine et des
Etats-Unis, la feuille de route proposée par
Nicolas Sarkozy est finalement assez habile. Il
dit: on a un an pour que les gens se parlent,
partagent un diagnostic com-
mun sur le système monétaire
international qui peut émer-
ger. Mais je le répète, si on
n'aborde pas le fond de la ré-
forme financière, pour aller
plus loin que ce qui a été fait
jusqu'à présent, le reste est
secondaire, car on s'expose à
la menace qu'une autre crise
financière se reproduise.
N. O. — Nicolas Sarkozy n'a fait
qu'un passage très rapide à ce
sommet de Séoul : il n'a pas assisté au dîner des
chefs d'Etat. N'est-ce pas cavalier alors que la
France prend la présidence du G20 ? Est-ce le signe
que finalement le G8 ou le G9 compte davantage
pour lui?
O. Pastré. — Il avait un agenda domestique
chargé avec le remaniement. Et puis il n'a
peut-être pas été très incité à y passer plus de
temps par les échos qu'il a pu avoir de la part
des sherpas [ceux qui préparent les sommets,
NDLR]. On savait qu'il n'y aurait pas de
grandes avancées lors de ce sommet. Pour au-
tant, il serait dommage de se replier sur un
G8 + la Chine, un G9 qui exclurait l'Inde et le
Brésil. En outre, la coopération internationale
a besoin de stabilité. Changer le format des
discussions n'est pas le meilleur moyen
d'avancer.

Propos recueillis par Sophie Fay

Ibo-Sipa

Patrick Thomas, manager de l'année

C'est le contre-effet « sympathie » de l'attaque d'Hermès par
LVMH : les auditeurs de la radio BFM Business - c'est son nouveau
nom, pour célébrer sa mutation en chaîne télévisée - ont élu
Patrick Thomas, le gérant de l'entreprise, « manager BFM
2010 ». Une « victoire nette », face à Dassault Systèmes et à
Publicis, selon Guillaume Dubois, le directeur de BFM. Patrick
Thomas promet qu'Hermès va maintenir son taux de croissance
dans les années qui viennent, grâce à son potentiel sur les bagages, l'ameublement, le textile,
l'horlogerie et le parfum. Il estime aussi nécessaire de relever le dividende que verse
la ociété à ses actionnaires : avec les cours record actuels, il n'est plus que de 0,7%...

98 0 LE NOUVEL OBSERVATEUR

C.S.

Urman-Sipa

LIVRE ÉLECTRONIQUE
Apple censeur?

Certains lecteurs et auteurs ont
eu la surprise de découvrir que
l'intitulé d'ouvrages français avait
été modifé dans la librairie vir-
tuelle iBookstore, qui commercia-
lise des fichiers pour les iPhone
et les iPad d'Apple. « Un parfait
salaud » de Stéphane Denis
(Grasset) est ainsi devenu « Un
parfait s... » ! Bien sûr, le groupe
Apple ne touche ni au titre du
fichier lui-même ni au texte
original. Mais il s'arroge tout
de même le droit de censurer
les formulations qu'il juge offen-
santes dans les titres des notices
qu'il met lui-même en ligne, ainsi
que dans les résumés d'ouvrages.
Ainsi un autre livre est-il
comparé au « B... moi» (au lieu
de « Baise-moi ») de Virginie

Bang-Zuma/REA

Despentes. En revanche,
« Comment baiser en cachette »
(Hachette Pratique) n'a pas été
touché...
Le fabricant informatique de
Cupertino est déjà très critiqué,
aux Etats-Unis, pour le côté
dictatorial de ses directives
aux concepteurs des applications
susceptibles d'entrer dans son
App Store. Les recommandations
portent à la fois sur les logiciels
utilisés (Flash proscrit) et sur
le contenu des programmes.
Toute forme de pornographie, de
violence ou même de « mauvais
goût » est expressément bannie.
Par contraste, la plate-forme
Android de Google est beaucoup
plus libérale. D. N.

